Terrorisme : Les causes qui font basculer les jeunes, aux yeux des experts (Vidéo)

12-12-2019

D’après les chiffres de l’ONU, à la fin de l’année 2015, ils étaient environ 5500 a être partis au combat. En 2017, le ministre de l’Intérieur, Hédi Mahjoub, a déclaré qu’ils étaient aux alentours de 3000. Peu importe le chiffre, le fait est là… en 10 ans, cinq attentats terroristes ont endeuillé la Tunisie et de nombreuses tentatives ont été déjouées. Qui sont ces hommes et femmes prêts à risquer leur vie en contrepartie d’une pseudo guerre sainte et quelle stratégie a adopté la Tunisie pour faire face à ce fléau ? Pour tenter de répondre à ces questions, la Présidence du gouvernement et l’Alliance Sécurité et Liberté (ASL) ont organisé à Tunis ce jeudi 12 décembre le premier Congrès national sur les « Stratégies de prévention de l’extrémisme violent en Tunisie ».

« On ne nait pas terroriste, on le devient »… Ce sont les mots très justes d’Abderrahmane Hedhili, Président du Forum Tunisien pour les Droits économiques et Sociaux (FTEDES). En effet, depuis la révolution de 2011, la Tunisie a amorcé un processus de transition démocratique, qui, tout en permettant des avancées politiques, n’a pas encore apporté des réponses aux défis d’ordre économique et social.

L’absence de perspectives socioéconomiques, la marginalisation et la discrimination, la mauvaise gouvernance, les violations des droits de l’homme et des principes de l’Etat de droit, sont autant de facteurs ayant poussé de nombreux jeunes à basculer dans les rangs de l’extrémisme religieux… Une grave dérive  d’une jeunesse qui a cru  trouver un refuge et une oreille attentive à ses problèmes. Une oreille qui se veut être en réalité un réseau de recrutement de candidats au djihad.

L’Alliance Sécurité et Liberté (coalition d’acteurs de la société civile) a tenté de mettre en lumière  les facteurs de l’extrémisme violent et l’analyse de leur risque. Ainsi, les facteurs institutionnels arrivent en tête avec un risque chiffré à 84%. Ceux-ci correspondent au dysfonctionnement et à la brutalité des forces de sécurité, à l’incapacité de l’Etat a réguler les zones défavorisées ou encore à une mauvaise prise en charge des jeunes ayant un passé carcéral.

Ensuite vient le facteur religieux, estimé à 60% de risque. C’est là qu’intervient l’instrumentalisation de l’espace religieux.

Les facteurs socio-économiques représentent un risque  de 55%. La recherche d’un meilleur statut social, la discrimination socio-régionale et l’abandon des zones péri-urbaines ont nourri l’engagement des prétendants à la guerre sainte.

D’après Abderrahmane Hedhili, « la plupart de ceux qui adhèrent à l’idéologie terroriste viennent de régions enclavées, comme Kasserine, Sidi Bouzid ou encore Tataouine et Medenine ». Il ajoute que « les différents gouvernements qui se sont succédé n’ont pas réussi à trouver une solution à cette situation car ils ne se sont pas attaqués aux problèmes socio-économiques de ces régions, et n’ont pas daigné revoir un modèle de développement qui atteint ses limites ».

Pour faire face à la montée de cet extrémisme violent en Tunisie, en 2015, l’Etat s’est doté d’une Commission Nationale de lutte contre le terrorisme (CNLT). Présent lors du congrès, son président Mokhtar Ben Nasr, a fait part de la stratégie de cette commission. « C’est une stratégie quinquennale et multidisciplinaire puisqu’elle inclut tous les ministères concernés ». Ben Nasr explique que cette commission est basée sur quatre piliers: la protection, la prévention, le suivi et la riposte. « Cette commission veut travailler sur une approche culturelle et éducative plus que sur une approche sécuritaire et de répression », indique Ben Nasr.

Depuis trois ans, la CNLT fait le tour de tous les gouvernerats afin d’organiser des ateliers de sensibilisation auprès de cette jeunesse sensible et fragile.

La CNLT doit également s’appuyer sur la société civile, si elle veut réaliser ses objectifs. C’est donc tout l’intérêt de sa collaboration avec l’Alliance Sécurité Liberté. Cette dernière réunit de nombreux acteurs de terrain comme Avocats Sans Frontières, le FTDES, Al Bawsala, ou encore la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme.

Ce premier congrès nationale sur les stratégies de prévention de l’extrémisme violent a pour objectif de créer un espace de dialogue et de coopération durable avec les décideurs politiques et la société civile afin de trouver des solutions à ce fléau qui ronge les populations les plus fragiles. Lors de cet événement ont été présentés des expériences réussies dans la prévention du terrorisme. Il s’agira d’amorcer le processus de développement d’un plan d’action inclusif. Tout au long de cette journée de réflexion, des ateliers et des plénières auront lieu afin de donner naissance à des recommandations qui viendront étoffer la stratégie de la commission nationale de lutte contre le terrorisme.

Cette approche de terrain ne pourra être que bénéfique pour les politiques qui semblent impuissants face à cette montée de l’extrémisme en Tunisie. En effet, c’est en s’attaquant aux causes profondes que ce phénomène pourra être résolu ou du moins maîtrisé.

Retrouvez ci-dessus les interviews de Mokhtar Ben Nasr et Abderrahmane Hedhili.

Wissal Ayadi

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