Terrorisme et réseaux sociaux : une chercheuse tunisienne présente son étude à l’ITES

09-10-2019

Une étude sur « les réseaux sociaux, les mutations sociétales, la politique et le terrorisme », présentée ce mercredi 09 octobre à l’institut tunisien des études stratégiques (ITES), a révélé qu’en 2015, l’organisation de l’état islamique (Daesh), a réussi à attirer 80% de ses membres via internet.

 « Soit plus de 30 000 soldats issus d’une centaine de nationalités, qui ont adhéré à ce mouvement terroriste à travers les réseaux sociaux… »

Selon les résultats de cette recherche réalisée par Ichrak Ben Ishak, docteur en sciences culturelles, Daech a pu créer plus de 90 000 comptes Facebook en langue arabe, et plus de 40 000 comptes en langues étrangères, en une année seulement.

Facebook, Youtube et Tweeter sont les réseaux sociaux les plus utilisés par Daech
 « Plusieurs arrestations ont eu lieu grâce aux bases de données de ce réseau. Pour faire face aux interceptions, un autre réseau a été créé par l’organisation appelé « 5elafabook », mais cette application a été vite supprimée… ».

« Plus tard, Daech a créé un site appelé « Fajr Al Bachaer », pour que ses membres puissent publier des liens vers des vidéos ou des messages, sur Tweeter. Quelque 46 000 tweets ont été recensés dont une grande partie concerneraient des revendications d’attentats en Syrie, Lybie, et à Sinaï en Egypte ».

Ce même site a été exploité par l’organisation interdite « Ansar Al Chariaa », pour diffuser les actes terroristes de « Qatibat Oqba Ibn Nafaa », perpétré sur le territoire tunisien.

Youtube est aussi parmi les sites les plus utilisés par Daech.

Durant une année seulement (2014-2015), 15 000 vidéos et 845 films de propagande ont été diffusés sur ce réseau. 

« 2% du contenu de leurs enregistrements parlent de valeurs religieuses islamiques, 40%  des enregistrements font appel à  la guerre et au meurtre, 25% sont des entretiens et déclarations djihadistes, 18% du contenu appelle à la création d’un Etat islamique, et 15% diffusent des décapitations et des scènes de violence », souligne-t-elle.

« D’ailleurs la vidéo de décapitation du berger tunisien, Mabrouk a été diffusée sur Youtube… », a souligné le docteure Ben Ishak.

Elle a aussi révélé , qu’en Tunisie, les victimes de Daech utilisent généralement le site « Télégramme » pour préparer leurs attentats, ou fabriquer les ceintures explosives et recevoir les instructions… C’est le cas de Mouna Kebla, l’auteure de l’attentat-suicide perpétrée à l’avenue Habib Bourguiba, Tunis, en octobre 2018.

La chercheuse a conclu que l’exploitation des réseaux sociaux à des fins terroristes, remonte à l’année 1997. C’est Al Qaida qui était la première organisation à utiliser Internet, pour diffuser ses consignes et ses messages au public, et cela à travers le site égyptien « Al Djihad ».

 D’autres forums d’échange ont été bâtis plus tard par les membres d’Al Qaida d’Afghanistan et du Pakistan, comme la plateforme médiatique « société Al Sahab »  مؤسسة السحاب الإعلامية , ou encore « le centre de l’aube médiatique »    «مركز الفجر الاعلامي »…

L’étude a montré également, qu’actuellement les membres de Daech, ne se sont pas limités aux méthodes de mobilisation cybernétique.

« Ils ont opté pour un nouveau mode de ciblage, qui vise des personnes, généralement marginalisées socialement et culturellement. Seules devant leurs écrans, ils s’alimentent des discours extrémistes diffusés sur Facebook qui prônent le Djihad. Les victimes ne viennent pas seulement des milieux défavorisés. Elles sont soit isolés, soit exclues de leurs familles et entourages… ».

Emna Bhira