Tunisie, Algérie, Libye…le Maghreb entre espérance et risques de déstabilisation

03-04-2019

L’Algérie tourne la page d’Abdelaziz Bouteflika. Le président algérien cède à la contestation populaire, et présente sa démission, deux décennies après avoir été la tête de l’Etat, ouvrant la voie à une transition dont les contours ne sont pas encore clairs.

Ce 02 avril 2019, est une date qui sera inscrite dans le marbre, comme étant l’aboutissement d’un magnifique soulèvement populaire, mené par la jeunesse algérienne, qui en quelques semaines, a réussi à modifier le rapport de force, a amené l’armée et la scène politique à se rallier à ses revendications, et à imposer une nouvelle donne,  qu’elle est déterminée à en fixer les règles.

Le NON au cinquième mandat, brandi en chœur par une jeunesse algérienne assoiffée de liberté, de démocratie, et de dignité, a fini par avoir raison de ceux, qui au-delà de la personne même de Bouteflika, diminué par la maladie, et absent, ces dernières années, de la gestion effective des affaires, voulaient faire perdurer un statu quo intenable.

Sauf que le peuple n’était plus prêt à se laisser faire, et a décidé de prendre son destin en main. Sa contestation pacifique a produit hier son premier résultat concret, mais ô combien symbolique, mais le chemin est encore long, pour ce pays de plus de 40 millions d’habitants, qui aura à démanteler le système oligarchique et autoritaire, avec tous ses travers : corruption, népotisme, influence des généraux, difficultés socioéconomiques pour de larges strates du peule…, afin d’y substituer un système démocratique, fondé sur la justice et l’égalité.

Jusque-là, les Algériens ont donné l’exemple par le caractère non violent et civil de leur mouvement. Le pari est de poursuive sur la même lancée, de ne jamais dévier de la voie pacifique, et de prévenir tous les risques endogènes et exogènes de déstabilisation.

Le peuple algérien, celui qui a réussi à évincer héroïquement le colon après 132 ans d’occupation, et tourné la page de la décennie noire de la guerre civile, est le mieux placé pour avoir pleine conscience de l’impératif de préserver sa stabilité et sa sécurité, en favorisant un changement en douceur et sans heurts, à travers un passage entre l’ancien et le nouveau, par les seuls mécanismes de droit et de la justice.

Le printemps algérien, au propre et au figuré, intervient huit ans après l’enclenchement de ce qui est appelé le printemps arabe, qui a mal tourné dans plusieurs pays de la région, et enfanté des conflits et des guerres ; seule la Tunisie en est sortie indemne, mais non sans difficultés.

Face au cheminement de l’ensemble de ces transitions, notre voisin de l’Ouest devra être bien au fait des difficultés et des dangers, propres à toute période transitoire. Le tout est d’en tirer les leçons, de ne pas reproduire les mêmes erreurs et de privilégier la construction du commun.

La responsabilité est lourde pour l’élite et l’armée algériennes d’accompagner la transition politique, de permettre à cette aspiration de la jeunesse de se cristalliser, et de rendre la souveraineté au peuple, afin qu’il s’exprime dans les urnes, et choisisse ses dirigeants, lors d’élections libres, transparentes et démocratiques.

Les germes de la démocratie algérienne sont semés d’emblée, le tout est de les faire fleurir, et d’immuniser l’Algérie contre toutes les dérives pouvant la rendre vulnérables aux ingérences étrangères, d’autant que c’est un pays, dont les richesses gazières et la position géostratégique, rendent au centre de toutes les convoitises.

La priorité des priorités pour l’Algérie est de préserver sa stabilité, dont est tributaire la stabilité de tous ses voisins, en prime de la Tunisie.

Avec la crise en Libye, qui après huit ans de la chute du régime de Mouammar Kadhafi peine à trouver la voie d’un règlement juste et durable ; la transition en Tunisie dont l’aboutissement demeure lié à une certaine maturité politique, et à des politiques qui soient en phase avec les défis socioéconomiques et sécuritaires, et l’accélération du mouvement de l’histoire en Algérie, notre région est à la traversée des chemins, tiraillée qu’elle est entre l’aspiration populaire pour la liberté, la démocratie et le développement, et les pesanteurs du passé et du présent, qui rendent l’avenir incertain.

Le tout est de rester positif, face à cette détermination de la jeunesse maghrébine à construire quelque chose de différent et de meilleur. L’avenir, c’est à la jeunesse qu’il appartient, c’est là, la force du Maghreb qui le distingue des autres régions du monde confrontées au vieillissement de la population. Les pays de la région ont plein d’atouts en termes de démographie, de richesses naturelles, d’intelligence…qui les prédestinent à un avenir démocratique et prospère, procédant des attributs de la décision nationale souveraine

H.J.

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