Tunisie/ ARP : L’opportunité du remaniement, le conflit entre les deux têtes de l’exécutif, la contestation sociale… au centre du débat

26-01-2021

Les députés se sont attardés ce mardi 26 janvier lors de la plénière de vote de confiance aux ministres désignés dans le cadre du remaniement ministériel, à la crise économique et sociale, au conflit entre les deux têtes de l’exécutif, à l’opportunité du remaniement, et aux soupçons de corruption et de conflit d’intérêt pesant sur les noms proposés aux différents portefeuilles ministériels.

Le député Belgacem Hassan (Ennahdha) a affirmé que « le chef du gouvernement a le droit d’opérer un remaniement ministériel, et la ceinture politique du gouvernement a le droit de soutenir le remaniement présenté au parlement ». La démocratie ne permet pas à la minorité de bloquer les travaux de l’Assemblée, a-t-il dit.

Selon le député, Zouhaïr Maghzaoui (courant démocratique), le gouvernement comprend des ministres appartenant à des partis politiques. « Des ministres proposés sont corrompus, si ce gouvernement passe, ce serait, celui de la corruption », a-t-il prévenu.

Selon ses dires, « l’action du chef du gouvernement devrait être évaluée, face aux protestations populaires ».

Iyadh Elloumi (Qalb Tounes) estime que « le pays est aux prises à une crise sanitaire sans précédent », estimant que « le président de la république a échoué à faire venir les vaccins pour les Tunisiens ».

Le député a mis en garde le président de la république contre la violation de la constitution.

« La loi fondamentale accorde au chef du gouvernement, les prérogatives d’opérer un remaniement ministériel, comme elle attribue à l’Assemblée la possibilité de retirer la confiance du président de la république, en cas de grave violation de la constitution ».

Elloumi a pointé l’imbrication entre la politique et la justice. « Certaines parties se sont servies de la justice pour un règlement de comptes politiques ».

« Cette plénière constitue la preuve de l’échec du gouvernement à donner des solutions radicales à l’enseignement et la santé », a considéré Ali Hermessi (bloc de la réforme). Le député a appelé à « une trêve politique et sociale, et que le gouvernement assume ses responsabilités ».

Abir Moussi (bloc du PDL) a appelé à éclairer la lanterne du peuple et à lui présenter toutes les données, portant sur les raisons réelles du remaniement, et les accusations adressées aux ministres démis de leurs fonctions. Elle a considéré le confinement de 04 jours décidé par le gouvernement, comme étant une hérésie, sans intérêt. La députée s’est interrogée sur « les critères adoptés dans ce remaniement ministériel, ainsi que sur l’explication à donner à ces ministères, tantôt dissociés, tantôt fusionnés d’une manière irréfléchie ».

L’absence des femmes dans ce gouvernement est une honte, a-t-elle dit, signant qu’ »aucun article de la constitution ne légitime le recours du chef du gouvernement au parlement pour obtenir la confiance à ses ministres, suite au remaniement ».

Elle a fait constater que « le Conseil de sécurité nationale, tenue hier, a été exploité dans les tiraillements politiques, et cela est inacceptable ». « Le fait d’entrainer le CSN dans les tiraillements politiques est une faute grave. La réunion du Conseil de sécurité tenue hier est une atteinte à la sûreté nationale », a-t-elle souligné, appelant les forces civiles au parlement à retirer la confiance au président de l’Assemblée et au chef du gouvernement.

Graves répercussions de la crise sanitaire

Walid Jellad (Tahya Tounes) a considéré le vote de confiance aux ministres proposés dans le remaniement ministériel un par un, comme « une hérésie politique, et une manière de faire pression sur le chef du gouvernement et d’attenter à ses prérogatives ».

Tout en contestant l’absence des femmes au sein du gouvernement, Walid Jellad a considéré les mouvements contestataires, comme « le résultat d’une politique de l’Etat, et leur criminalisation donnera lieu à la chute de l’Etat », appelant à écouter les revendications des contestataires.

Le député a estimé « paradoxal » que le président de la république soit du côté des protestataires, et contre le chef du gouvernement qu’il a lui-même nommé, comme la personnalité la plus apte.

« Le président de la république est le président de tous les Tunisiens, et ne devra pas être le représentant de l’opposition », a estimé Hayet Amri (Ennahdha). S’agissant « des soupçons de corruption liés aux noms proposés dans le cadre du remaniement ministériel », la députée a souligné que « seule la justice est en mesure de condamner, le chef du gouvernement assume la responsabilité de son choix ».

« Le conflit donnera lieu à la perte de l’Etat », a indiqué Jawher Mghirbi (Qalb Tounes), appelant le chef du gouvernement « à assumer la responsabilité du parachèvement du processus d’installation des institutions constitutionnelles, à leur tête la Cour constitutionnelle ».

Il a appelé le gouvernement « à œuvrer à mettre à disposition le vaccin, à faire face à la crise économique et sociale, et activer l’économie sociale et solidaire ».

Marouen Felfel (Tahya Tounes) a mis en garde contre « les répercussions graves de la crise sanitaire, en termes de perte d’emploi, de paupérisation des Tunisiens, et d’approfondissement des disparités entre les régions ».

« Le président de la république devra être le symbole de l’unité du pays, son action ne correspond pas à son rôle », a affirmé Fares Blel (Qalb Tounes), appelant le chef de l’Etat « à épargner la présidence de la république, des tiraillements politiques ».

« Cette plénière se tient dans un contexte national fortement symbolique, et coïncide avec les évènements du 26 janvier 2020, avec les protestations du jeudi noir de 1978 conduits par l’UGTT », a souligné Mohamed Goumani (Ennahdha).

Pour Salem Gtata (bloc démocratique), l’action du gouvernement a été marquée par l’hésitation. Le député a protesté contre « le fait que les raisons du remaniement ne soient pas explicitées par le chef du gouvernement ».

« Les gouvernements successifs ont tué les rêves des jeunes et des compétences de ce pays », a considéré Mohamed Mourad Hamzaoui, prédisant « une accentuation des protestations qui finiront par déboucher sur une solution à la crise politique ».

Gnetnews