Tunisie : La campagne présidentielle s’achève, mais pour qui voter ?

13-09-2019

La campagne électorale en prévision de la présidentielle de dimanche 15 septembre, arrive à son terme ce vendredi à minuit.

Un véritable marathon mené par les candidats dont la plupart ont sillonné pendant 12 jours la Tunisie en long et en large pour tenter de convaincre, séduire un électorat réticent et désenchanté, et promettre des lendemains meilleurs.

Moment fort de la campagne de la présidentielle 2019, les débats télévisés, Mounadhara, une première en Tunisie, chapeautée par la télévision tunisienne.

Pendant trois soirées consécutives, sur les 26 prétendants à la fonction présidentielle, 24 se sont exprimés devant des millions de Tunisiens, dans des débats qu’on ne pouvait rater, ayant été retransmis en direct et en simultané sur toutes les radios et chaînes publiques et privées. Diversement appréciée, cette initiative a été critiquée pour avoir manqué d’échanges et d’interaction, mais saluée étant une avancée sur la voie du pluralisme et de la démocratie.

Deux prétendants au scrutin de dimanche n’y ont pas participé. Nabil Karoui en prison depuis le 23 août dernier pour des affaires de « blanchiment d’argent et de fraude fiscale » et Slim Riahi objet, à son tour, de poursuites judiciaires. Séjournant depuis plusieurs mois en France, ce dernier a fait une sortie médiatique tonitruante en pleine campagne, lors d’une interview exclusive sur el-Hiwar Ettounsi.

Absence de vision 
Sur le fond, la campagne était redondante et a manqué d’originalité, et de sujets mobilisateurs. Certains imputent cela au fait que les prérogatives du président de la république soient limitées, d’autres à une absence de vision des prétendants au palais.

La parole des candidats a été focalisée sur les deux principales attributions du président de la république, en l’occurrence la Défense et la politique étrangère. Pour la première, les candidats ont, en majorité, disserté sur la sécurité nationale et la stratégie qu’ils préconisent pour la renforcer, et préserver ainsi l’invulnérabilité du territoire.

Pour la seconde, l’accent a été mis sur quelle diplomatie la Tunisie devra mettre en œuvre pour servir ses intérêts et renforcer sa position dans le concert des nations. Les postulants pour la fonction présidentielle étaient quasi-unanimes à affirmer leur attachement à la sacro-sainte constante de la politique étrangère tunisienne : la neutralité et son corollaire, la non-ingérence dans les affaires des autres pays. Ils ont, par ailleurs, tous appelé, dans une espèce de leitmotiv, à développer la diplomatie économique.

En dehors de ces domaines de compétence majeurs du locataire de Carthage, certains candidats envisagent, une fois installés au palais, de présenter un projet d’amendement de la constitution de 2014, notamment pour ce qui est du régime politique mixte, qu’ils entendent lui substituer un régime présidentiel. D’autres suggèrent de se limiter, sur ce même volet, à une révision de la loi électorale, de manière à prévenir instabilité et blocage, lesquels ont paralysé les institutions de l’exécutif et législatif tout au long des années écoulées.

Nombreux sont les candidats qui ont prôné cohérence et complémentarité entre le chef de l’Etat et le chef du gouvernement, pour éviter les conflits source de blocage, permettre à l’exécutif de fonctionner en symbiose et engager les réformes et les politiques dont le pays a besoin.

Thématiques socio-économiques
Peu abordées pendant ces 12 jours de campagne, les thématiques économiques et sociales, voire les questions du pouvoir d’achat, du dinar, de la croissance, de l’investissement, des équilibres budgétaires, de l’endettement, etc.

Des questions qui relèvent plutôt des prérogatives du chef du gouvernement, selon la répartition des pouvoirs inscrite dans la loi fondamentale, mais sur lesquelles le chef de l’Etat a toute latitude d’agir à travers l’initiative législative et la présidence du conseil des ministres.

La campagne s’est certes déroulée dans un climat démocratique, mais n’a pas été dénuée de violence, essentiellement verbale, et de tensions, sur fond d’attaques et d’accusations échangées entre candidats et leurs soutiens et sympathisants. Ce climat a accentué l’incertitude. Pour qui voter ? C’est une question qu’on se la pose à soi-même et aux autres. La difficulté de se déterminer se ressent partout, le corps électoral tunisien constitué de plus de 7 millions d’électeurs compte encore de nombreux indécis à quelques heures du scrutin. L’isoloir nous portera conseil !

Le rideau tombera ce vendredi à minuit sur la campagne présidentielle. Les candidats vont, pour la plupart, la clôturer dans les Grand-Tunis, chacun à sa manière…ce sera une occasion pour eux de faire un récapitulatif des points saillants de leur quinquennat présidentiel rêvé…pour qu’à minuit commence le silence électoral qui sera rompu par la campagne aux législatives dont le coup d’envoi sera donné également à minuit.

L’ inversement du calendrier électoral, et l’organisation de cette présidentielle anticipée imposée par le décès du défunt président, Béji Caïd Essebsi, ont fait que les deux campagnes se chevauchent.

H.J.

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