Tunisie : La république fête son 62ème anniversaire et cherche son président !

24-07-2019

La Tunisie fêtera demain, jeudi 25 juillet 2019, le 62ème anniversaire de la république. Cette célébration intervient, à l’heure où le pays est dans une situation d’incertitude inquiétante, à quelque semaines d’élections présidentielle et législatives cruciales.

La non-promulgation par le président de la république des amendements de la loi sur les élections et référendums et les circonstances qui l’ont entourée, est un coup dur porté au régime républicain, inscrit dans la constitution de 2014. Ce qui est inadmissible et constitue une violation flagrante de la loi fondamentale, cela a été dit et redit, est que le chef de l’Etat n’a pas suivi au pied de la lettre, les dispositions de la constitution, comme il aurait dû le faire.

Son article 81 prévoit deux cas de figure et non un troisième : soit le chef de l’Etat promulgue la loi et ordonne sa publication au Journal Officiel, soit s’il la conteste, la renvoie à l’Assemblée pour une deuxième lecture, ou la soumet au référendum. Ni l’un, ni l’autre ne s’est produit. Le texte n’a pas été tout simplement paraphé, les explications d’un conseiller de second plan de la présidence restent peu convaincantes, et accentuent le flou qui enveloppe le palais, plutôt qu’elles ne le dissipent. Cela est d’autant plus vrai, que le président est apparu il y a deux jours diminué, des suites de sa dernière hospitalisation.

Pour rendre à César, ce qu’il lui appartient, le président de la république, un homme d’Etat chevronné, de l’ancienne génération, celle de l’indépendance et du bourguisme, n’a pas, tout au long de son quinquennat qui s’achève, failli, d’une manière aussi scandaleuse, à ses prérogatives constitutionnelles. Même au cœur de la crise avec le chef du gouvernement, notamment lors du dernier remaniement, il a pleinement rempli ses prérogatives constitutionnelles, reçu les ministres désignés pour la prestation de serment, et a permis aux institutions de l’Etat de bien fonctionner. Sa dernière attitude étonne et pose l’éventualité qu’il soit sous l’influence et l’emprise de son entourage. Car, celui qui se dit avoir le sens de l’Etat, ne bloque jamais l’Etat.

Cette ambiance de fin de règne comparable à celle qu’on a vécue au milieu des années 80 avec Bourguiba, nous fait retourner à une époque, que l’on croyait révolue et jamais possible huit ans après la révolution, dans la foulée de laquelle le pays s’est engagé dans un processus de transition, qui a fait d’elle, de l’aveu de tous, l’unique démocratie naissante, dans la région.

On a tendance à nous interroger : où est passé Béji Caïd Essebsi que l’on connait ? Celui qui ne manque pas une occasion pour affirmer son attachement à la constitution et sa détermination à s’en porter garant et à veiller sur sa bonne application. Celui qui force le respect, même de ses détracteurs, pour son charisme, sa longue expérience et son habilité politique. Le président dont la dernière maladie a ému la société entière, et dont la sortie d’hôpital était un soulagement pour tous, étant un attribut de stabilité et un gage de la réussite des prochaines élections, déçoit hélas, est-ce de gré, ou de force ? C’est là toute la question.

La fête de la république intervient aussi à l’heure où la transition marque le pas, en l’absence des instances constitutionnelles, en prime la Cour constitutionnelle, celle qui devrait être installée depuis le début de la législature. Le parlement a enchaîné les échecs, les plénières électives infructueuses, et les querelles politiciennes et partisanes qui font prévaloir les intérêts étriqués à l’intérêt suprême de la nation, et en disent long sur l’état d’esprit, et le degré de maturité des blocs parlementaires et de leurs partis respectifs. 

En ce 25 juillet 2019, et après de longues années de reconquête et d’exercice de la liberté et d’apprentissage de la démocratie, le régime républicain devrait être consolidé et fortifié, comme jamais, mais il n’en est rien.

La « deuxième » république est en péril, et ses deux principales institutions, la présidence et l’Assemblée, sont en panne. S’y ajoutent un climat délétère et un contexte politique illisible, à quelques semaines de scrutins décisifs, censés mettre le pays sur la voie du redressement et de la réforme qui tardent à être amorcée.

A ce jour, les hommes politiques intègres et vraiment engagés sont soit en difficulté, soit totalement absents de la scène. A la place, on est face à des acteurs, que l’on a du mal à définir, qui sortent de nulle part, et sentent l’opportunisme, ceux-ci prétendent accéder aux responsabilités et présider au destin de l’Etat. Un spectacle désolant, et une foire d’empoigne dont le seul arbitre devra être le peuple. La seule chance de sauver la Tunisie, à l’automne prochain, et de la préserver d’un déclin démocratique assuré, c’est la conscience des électeurs, et leur mobilisation dans les urnes pour en donner les clefs à ceux qui sont dignes de confiance et porteurs d’espoir, et barrer la route devant les parvenus, qui cherchent à s’en servir, plutôt qu’à la servir.

H.J.

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