Tunisie/ Pollution : Quelles solutions pour le plastique qui envahit nos côtes ?

08-07-2019

La Tunisie est le quatrième consommateur de produits en plastique dans la région. La mauvaise gestion des déchets et le mauvais comportement des consommateurs engendrent une pollution sans précédent qui se retrouve dans la mer méditerranée et donc sur les plages. Un véritable fléau, surtout en cette période estivale.
Ce sujet a fait l’objet ces jours-ci d’un « Breakfast Talk » organisé par la Fondation Heinrich Böll. Les participants se sont penchés sur la problématique de pollution engendrée par les plastiques et micro plastiques en Tunisie et les solutions envisageables. Un rapport a été présenté concernant la situation dans le pays.

Expert en environnement et en gestion de déchets et co-auteur du rapport, Wassim Chaabane répond aux questions de GnetNews. « Ce rapport vise les citoyens, la société civile, les chercheurs et surtout les décideurs. En Tunisie, la question de la pollution dû au plastique n’est pas encore prise à bras le corps ».

Les côtes tunisiennes s’étendent sur 1148km, dont 575km de plages. Les plus grosses villes du pays se trouvent sur le littoral ce qui engendre une densité démographique forte. Parmi elles se trouvent, de grosses villes industrielles comme Tunis, Sfax et Gabès et également des villes touristiques telles que Sousse, Hammamet, Gammarth et Djerba.

Il existe également d’autres sources de pollution telles que les rejets des eaux de ruissèlement, les rejets des stations de traitement des eaux usées, la pollution par les navires ou encore l’effet du vent qui ramène les déchets urbains.

Nidhal Attia est coordinateur du programme « Ecologie et Gouvernance des Ressources Naturelles » à la fondation Heinrich Böll. Selon lui, le problème majeur c’est que la Tunisie ne dispose pas de services municipaux assez forts pour combattre cette pollution », le nettoyage des plages relevant de la responsabilité des communes.

Selon le rapport, les effets de cette pollution plastique sont inquiétants. Ils touchent d’abord la chaîne alimentaire et donc le contenu de nos assiettes. Le plastique constitue également un problème au niveau des sols et sédiments mais aussi des plantes.

Les chercheurs qui ont élaboré cet état des lieux de la pollution ont effectué leur échantillonnage sur quatre plages du pays (Gammarth, Hammamet, Sfax et Djerba), afin d’identifier les types de déchets. Sur le podium, on retrouve les mégots de cigarettes en première place, suivi des bouchons de bouteilles en plastique et enfin les fragments de papier. Contrairement à l’imaginaire collectif, les bouteilles en plastique ne font pas l’objet d’une importante source de pollution. En effet, ceux qu’on appelle les « Barbechas », participent à la baisse du nombre de bouteilles en plastique jetés dans la nature. Il s’agit de travailleurs précaires qui collectent celles-ci dans les poubelles et dans la rue pour les revendre ensuite en gros.

La Tunisie n’est pas un pays producteur de plastique… la matière est exclusivement importée. Quant au recyclage, il demeure un principe difficile car tous les plastiques ne sont pas compatibles, générant des surcoûts dans l’opération de séparation.

Des pas franchis, mais beaucoup reste à faire
La Tunisie a déjà fait quelques efforts pour la lutte contre la pollution plastique. Ainsi, depuis mars 2016, les sacs en plastique dans les supermarchés ont été supprimés. Par ailleurs, un autre décret est en cours d’étude pour la mise en place de sachets biodégradables, à l’image de ce qui se fait déjà en Europe depuis plusieurs années. Enfin, le rapport a émis un certain nombre de recommandations.

Parmi elles, l’élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre la pollution marine et surtout contre le plastique et les micro-plastiques. Les auteurs recommandent également l’élaboration de lois strictes et de mesures de contrôle régulier, renforcés par des activités de collecte et de recyclage intensifié intégrant les municipalités et leurs systèmes de gestion des déchets.

Autres recommandations, la sensibilisation qui devra commencer dès le plus jeune âge, ainsi que la mise en place de taxes hôtelières et du principe de pollueur/payeur pour les activités industrielles polluantes. Surtout que ces entreprises devraient consacrer un budget spécifique relevant de la fameuse Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE).

Le tri sélectif dans les foyers pourrait également constituer une solution pour la lutte contre la pollution, comme c’est le cas à Maamoura, dans le gouvernorat de Nabeul. Une initiative pilote portée par la société civile, qui donne aujourd’hui des résultats positifs.

Wissal Ayadi

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