Tunisie : quand le prix de la viande dépasse le rythme des salaires
Une infographie retraçant l’évolution du SMIG et du prix du kilogramme de viande de mouton en Tunisie entre 1980 et 2025 met en lumière une réalité économique de plus en plus préoccupante : le pouvoir d’achat des Tunisiens en matière de viande rouge s’est fortement dégradé au cours des quinze dernières années.
Selon les données compilées à partir de l’INS, de la Banque centrale de Tunisie et de l’Observatoire national de l’agriculture, le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est passé de 55 dinars en 1980 à 520 dinars en 2025. Sur la même période, le prix du kilogramme de viande de mouton a bondi de 2,5 dinars à 60 dinars.
Si les deux courbes évoluaient presque au même rythme entre 1980 et 2000, la tendance change radicalement à partir de 2010. Alors que le SMIG augmente progressivement, le prix de la viande connaît une flambée spectaculaire.
Entre 1980 et 2025, le SMIG a été multiplié par 9,5, soit une hausse de 845 %. En parallèle, le prix du kilogramme de viande de mouton a été multiplié par 24, enregistrant une augmentation de 2300 %.
Cette différence d’évolution se reflète directement sur la capacité d’achat des ménages. En 1980, un salarié payé au SMIG pouvait théoriquement acheter environ 22 kilogrammes de viande de mouton avec un mois de salaire. Ce ratio est resté relativement stable jusqu’en 2000, avant d’atteindre un pic en 2010 avec 25,6 kilogrammes.
Mais la décennie suivante marque une rupture brutale. En 2020, le pouvoir d’achat chute à 10,6 kilogrammes, puis à seulement 8,7 kilogrammes en 2025. Autrement dit, un salarié au SMIG peut aujourd’hui acheter près de trois fois moins de viande qu’en 2010.
L’infographie souligne ainsi une baisse d’environ 66 % du pouvoir d’achat en viande rouge entre 2010 et 2025. Cette dégradation illustre l’écart grandissant entre l’évolution des revenus et celle des produits alimentaires de base, dans un contexte marqué par l’inflation, la hausse des coûts de production et les difficultés économiques que traverse le pays.
Au-delà des chiffres, cette évolution traduit une transformation des habitudes de consommation des ménages tunisiens, pour lesquels la viande rouge devient progressivement un produit de plus en plus difficile d’accès.