L’Union des chômeurs menace : l’emploi ou l’escalade !

12-02-2020

« La Tunisie ne peut connaître la stabilité politique sans que les revendications des diplômés au chômage ne soient satisfaites », c’est ce qu’a déclaré le président de l’Union des  diplômés chômeurs lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi, sur le chômage et les politiques d’emploi mises en place par l’Etat.

  « Ce dossier n’a pas été évoqué au sein du parlement par les députés, qui ont utilisé les conditions des chômeurs pour gagner les élections, a déploré le président de l’Union, Cherif Khraïfi.

Il a appelé à « éloigner cette problématique des tiraillements politiques, et à cesser son instrumentalisation, pour en faire une réelle priorité dans les stratégies de développement à venir».

Habib Abidi, membre du conseil exécutif de l’Union, s’est adressé au président Kais Saied en ces termes « les chômeurs n’ont pas besoin de slogans populistes, ou bien de leur rappeler que leurs revendications sont écrites sur les murs. On a besoin de solutions réalistes et concrètes pour arrêter cette hémorragie », a-t-il souligné. 

L’union a fait savoir également qu’il y aura des rassemblements dans les prochains jours, dans toutes les régions du pays afin de faire entendre les voix des chômeurs, désormais stigmatisés par le système politique.

« D’ailleurs, l’Union des diplômés au chômage a coordonné avec Noureddine Taboubi, Secrétaire Général de l’UGTT, Néji Bghouri, président du SNJT, Jamel Msallem,  président de la ligue tunisienne des droits de l’homme(LTDH), et le bloc démocratique pour organiser ces mouvements qui auront pour but de dénoncer l’absence de stratégies d’emploi claires et efficientes », a révélé Habib Abidi.

Selon l’Institut national de la statistique (INS), les chômeurs représentent 15.4% de la population tunisienne (2019). Selon la même source, le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur  a atteint 28.2% en 2019.

« Le plus alarmant c’est le nombre des docteurs non employés qui s’élève à 7500 thésards issus de plusieurs branches de l’enseignement supérieur, n’ayant pas des débouchés malheureusement », a précisé le président de l’Union.

Il a  également souligné que le taux de chômage a atteint actuellement son apogée, dans les régions intérieures. Il est de 31% au centre,  30% au sud et s’élève à 26.7% au Nord-ouest.

A cet égard, Abidi a rappelé que «  le budget du ministère de l’emploi est le plus bas avec celui du ministère de la culture, pourtant ils représentent deux institutions prioritaires ».  

Lors de cette conférence, il a critiqué également les mesures prises par le ministère de l’emploi durant les  5 dernières années, qui consistent à multiplier les bureaux d’emploi dans les zones les plus touchées par le chômage, et à encourager les petits projets non rapporteurs, selon lui. «Cette méthode n’a pas amélioré la situation, puisqu’il n’existe pas de grands projets ou des entreprises ayant une forte capacité d’employabilité dans ces zones… »

« En plus, en cas de recrutement, les employeurs favorisent les contrats SIVP (Stage d’initiation à la vie professionnelle) » qui sont désavantageux, relate-t-il. « Une fois la période de stage est écoulée, les employés se trouvent abandonnés au chômage. Cette formule encourage les entrepreneurs à ne pas opter pour des contrats à long terme qui les obligent à fournir une assurance maladie et une protection sociale. »

« Quant au contrat Karama, il n’est valable que pour « les sociétés anonymes, dotés d’un important taux d’employabilité. Ces entreprises ne sont pas nombreuses en Tunisie. D’ailleurs, 5% seulement de ces sociétés ont opté pour ce type de contrat… », a-t-il expliqué.

« Comment peut-on contourner l’extrémisme et le terrorisme, si l’Etat ne fait pas de l’emploi des diplômés une priorité, tout comme elle l’a fait pour les secteurs de l’industrie et du tourisme ces dernières années », conclut-il.

Emna Bhira

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