Impactés par la Crise, les Tunisiens n’ont plus la force de résister (Sociologue)

27-11-2020

La pandémie a bouleversé nos vies, instaurant certaines habitudes, et éjectant d’autres. En Tunisie, les citoyens se sont retrouvés en train d’adopter de nouvelles habitudes depuis février dernier, qui vont à l’encontre de leurs traditions et coutumes.

Avec la flambée de défiance suite au renforcement des mesures sanitaires, les réunions de famille se font de plus en plus rares, la distanciation sociale est appliquée même dans la sphère privée, les cérémonies se fêtent quasiment en huis clos…Plus rien n’est plus comme avant.

Couvre-feu, distanciation sociale, gestes barrières, port obligatoire du masque, interdiction des manifestations culturelles et sorties nocturnes…Comment les Tunisiens s’adaptent-ils avec tant de consignes touchant directement leur mode de vie ? Comment s’occupent-ils durant le couvre-feu ? Ont-ils trouvé d’autres alternatives, pour lutter contre l’ennui et l’ambiance morose installée depuis le début de la pandémie du Covid-19 ?

Pour répondre à ces questions, Gnetnews est allé à la rencontre des citoyens qui cohabitent différemment, dans ces nouvelles conditions sanitaires.

Comme cette mère de famille de soixante ans  qui, pour se prémunir de la maladie, a choisi de limiter les interactions sociales en attendant que cette période délicate passe…

« En temps de pandémie, gestes barrières et distanciation sociale sont de rigueur. Mais lorsqu’on souhaite voir ses proches, on ne sait pas toujours comment les appliquer ni se protéger », nous confie-t-elle.

En effet, cette employée de la fonction publique, qui travaille suivant les horaires exceptionnels selon le nouveau système de rotation, a désormais beaucoup de temps libre à remplir.

 «Pour ne pas sentir ce vide, j’essaie de m’occuper avec le jardinage, je fais de la couture ou je passe mon temps à cuisiner des plats « Healthy » pour renforcer notre immunité moi et mon mari âgé de 63 ans. Quant à mon époux, il a décidé de se mettre à la lecture puisqu’il n’avait pas le temps de lire avant sa retraite », nous raconte-t-elle.

Ceci n’est pas le cas pour tout le monde. Certains habitués à une vie sociale plus active, ne supportent plus le renfermement. Ils continuent à prendre des risques et à se retrouver en groupe dans des espaces clos. Comme ce jeune couple qui a pris l’habitude d’organiser des « soirées couvre-feu », depuis octobre dernier.

« Le fait que l’on soit interdit de sortir entre 20h et 5h en semaine, et à partir de 19h les weekends, nous a beaucoup privé de nos soirées entre amis. Pour éviter l’ennui, et pour ne pas tomber dans la routine, on se réunit avec une dizaine de couples dès que l’occasion se présente. Parfois, on passe la nuit chez eux pour ne pas sortir durant le couvre-feu », nous révèle le jeune homme.

En l’interrogeant sur les risques de ces réunions nocturnes déconseillées en cette période, il nous a répondu qu’il en est entièrement conscient.

« D’une part, nous sommes tous conscients des dangers qu’on est en train de prendre, d’autre part, le confinement sanitaire général nous a rendu hypocondriaques. Nous ne pouvons plus revivre cette réclusion, dure à subir une seconde fois », déplore-t-il. « Nettoyage quotidien des surfaces, sol et poignets, enfermement, angoisse et réclusion. C’était invivable pour nous. On a failli succomber à la paranoïa », relate-t-il.

« La cohabitation avec la pandémie du Covid-19 »

Pour expliquer cette nonchalance pratiquée par plusieurs Tunisiens en ce moment, malgré le renforcement des mesures sanitaires, nous avons contacté Tarek Belhadj Moahmed, professeur de sociologie à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis.

Les Tunisiens ont développé une sorte de normalisation et un comportement d’adaptation et de cohabitation avec de la pandémie du Covid-19, qui dure depuis plus de 10 mois, explique-t-il.

Pr. Tarek Belhadj Mohamed a distingué deux types de réactions observées chez les citoyens. Selon lui, durant la 1ère vague de la pandémie, les Tunisiens malgré leur frustration, étaient plus disciplinés, et appliquaient rigoureusement les mesures d’hygiène que ce soit en public ou dans la sphère privée. Ils étaient plus conscients grâce aux campagnes de sensibilisation menées par les médias. Les institutions de l’Etat étaient aussi plus mobilisées dans leur lutte contre la propagation du virus.

« Actuellement, 10 mois après le confinement, la prudence et la discipline ont largement diminué», remarque-t-il.

En analysant ce changement, le sociologue a ajouté que plusieurs facteurs ont engendré cette nonchalance, comme la persistance de la pandémie qui s’est étalée sur une longue période. S’y ajoutent, les défaillances de la campagne médiatique et politique pour alarmer sur le danger qui guette encore les citoyens, et l’absence de politiques de soutien économique pour les classes vulnérables. « Toutes ces causes ont provoqué la résistance contre les mesures d’hygiène. Sans la mise en place d’un programme d’accompagnement psychologique et social, les Tunisiens n’auront plus la force de résister à la crise, et n’auront plus de visibilité sur l’avenir ».

Le sociologue a d’autre part expliqué que la pandémie a perturbé la psychologie sociale de toute la population. « A cause de la pression qu’on subit tous les jours, les gens sont devenus plus violents, vulgaires, et un phénomène de rébellion a fait surface.

D’ailleurs, le nombre des patients de la médecine psychiatrique a augmenté de manière exponentielle », ajoute-t-il.

« Si le passé des Tunisiens est marqué par la stigmatisation et l’injustice concernant leurs droits sociaux, leur présent a mis en œuvre leur incapacité de survivre à la crise économiquement, et leur avenir est frappé par le désespoir, comment peut-on s’attendre d’eux de se conformer aux décisions du gouvernement, et aux consignes du comité scientifique ? », a conclu le professeur en sociologie.

Emna Bhira

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