La corruption en débat au CERES : Elle coûte 5% à 7% du PIB au Maroc

26-02-2019

Le Centre des Etudes et des Recherches économiques et Sociales (CERES), a organisé le 25 et le 26 février 2019, un forum scientifique international autour de la problématique de « la corruption aujourd’hui : une étude analytique et sémantique », en partenariat avec l’INLUCC (l’instance nationale de lutte contre la corruption), et la fondation Hanns Seidel.

Des chercheurs scientifiques nationaux et internationaux ont débattu les questions de la corruption politique, administrative, économique et financière, ainsi que des problématiques de la mauvaise gestion des fonds publics et ses retombés sur la crédibilité de l’Etat.

Des indicateurs de corruption alarmants au Maroc
Abdellatif Baccour de l’Université Cadi Ayyad (Marrakech), a présenté un état des lieux du phénomène de la corruption au Maroc, soulignant que sa propagation est due primordialement au manque de suivi de la stratégie nationale en la matière.

Baccour a cité quelques évènements alarmants comme le classement du Maroc par Transparancy International, à la 73ème position en 2018 sur 180 pays, classés selon l’indice de perception de corruption dans le secteur public.

Les stratégies de l’Etat pour lutter contre la corruption par la mise en place d’une constitution développée (articles 157, 156, 155), est insuffisante, en absence des politiques préventives et de la volonté d’appliquer la loi, a-t-il estimé.

Les citoyens sont aussi responsables de la propagation de la corruption

Selon une étude de terrain effectuée au Maroc par le professeur Baccour, 60% des personnes questionnées ont confirmé avoir donné de l’argent contre un service dans le domaine public, 40% des interrogés ont déclaré que le recours aux pots-de-vin est nécessaire pour obtenir des services, plus de 90% ont déclaré avoir effectué des actes de corruption contre leur gré, 30% ont estimé avoir eu recouru volontairement à la corruption, et 60% ignorent les lois qui protègent contre la corruption, et ne connaissent pas les instances de prévention.

Selon les rapports des cours des comptes du Royaume du Maroc (2014, 2015, 2016), des milliards de dirhams ont été dépensés d’une manière illégale dans les marchés publics, d’autres dépenses ne sont pas justifiées clairement à cause du manque de transparence, ainsi que plusieurs institutions officielles figurant dans les rapports, ont financé des particuliers… Par conséquent, la corruption a coûté à l’Etat marocain entre 5% et 7% du PIB et ¼ du budget alloué au développement des ressources humaines.

Par ailleurs, la corruption est désormais « immunisée » par l’Etat dans certains cas, à cause de l’impunité, l’évitement illégal de l’impôt, l’exonération fiscale pour les grands agriculteurs, et les inégalités salariales. Tous ces facteurs n’encouragent pas l’investissement, et contribuent au cumul des richesses et du pouvoir.

Malgré les avancées de la constitution marocaine de 2011, le professeur recommande à l’Etat de prendre des mesures plus fermes à travers l’instance centrale de prévention de la corruption et la mise en place d’une instance interministérielle qui collabore avec le ministère de la justice et contrôle les institutions officielles.

Plusieurs autres intervenants nationaux et internationaux ont été présents dans ce forum, comme le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique Slim Khalbous, Moncef Ouannes le directeur du CERES, Chawki Tabib le président de l’INLUCC, Mohamed Harakat, président du centre international des études stratégiques et de gouvernance globale, le professeur Hcine Marjane de l’université des lettres de Tripoli.

Emna Bhira

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