La Tunisie menacée par le stress hydrique, face aux changements climatiques

23-09-2019

TAP – Le spectre du « jour zéro », ce jour apocalyptique où les réserves en eau potable seront à sec, guette un quart de la population mondiale vivant dans 17 pays, si l’on en croit le récent rapport publié par le World Resources Institute (WRI- Institut des ressources mondiales).

Si la Tunisie ne figure pas sur cette liste, il n’en demeure pas moins qu’elle n’est pas vraiment à l’abri d’une telle menace, puisque le WRI la classe à la 30e position (sur 164 pays), la répertoriant ainsi dans la catégorie des pays exposés à un stress hydrique « élevé ».

On parle d’un pays en situation de stress hydrique lorsque sa demande en eau dépasse ses ressources disponibles.

Avec une moyenne de 410 m³ d’eau par habitant et par an, la Tunisie se trouve clairement sous le seuil du stress hydrique (moins de 500 m³/ habitant / an), atteste Rafik Aini, directeur de l’unité de planification stratégique de l’eau au ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les changements climatiques, entraîneront, selon les données du ministère, une baisse de 28% des ressources en eaux conventionnelles (eaux souterraines et de surface) à l’horizon 2030.

Les projections climatiques nationales réalisées en 2007 présagent une augmentation moyenne annuelle de la température de +1,1°C à l’horizon 2030 et de +2,1°c à l’horizon 2050 avec une tendance à l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des années sèches.

La hausse de température entraînera une réduction de 5% des eaux de surface à l’horizon 2030, en raison de l’accélération de l’évaporation. Cela va générer, par conséquent, une demande plus importante pour l’agriculture irriguée.

Pour ce qui est des précipitations, il est prévu qu’elles connaîtront une baisse de -5 à -10% à l’horizon 2020 et de -10 à -29% à l’horizon 2050, ce qui est de nature à accentuer l’assèchement du sol.

En outre, la hausse du niveau de la mer s’accélerera, augmentant ainsi l’intrusion d’eau salée dans les aquifères côtiers qui, à son tour, réduira l’offre et exacerbera la demande.

Face à cette situation alarmante, il y a urgence à agir en faisant preuve de résilience aux aléas climatiques, recommande Raoudha Gafrej, experte en ressources hydrauliques et changements climatiques.

Il est impérieux, souligne-t-elle, de réviser le nouveau projet du code de l’eau, en chantier, depuis dix ans: « 

Ce texte qui est une version modifiée du code de l’eau de 1975 n’est pas adapté au contexte actuel dans la mesure où il n’intègre pas suffisamment la gestion des extrêmes climatiques comme la sécheresse et les inondations ».

Il est primordial, selon l’experte, de se focaliser dans ce projet sur la maîtrise de la demande et pas seulement sur l’offre, comme le suggère une étude publiée, récemment, par l’Observatoire Tunisien de l’Economie (OTE).

« Jusqu’à quand l’agriculture irriguée va-t-elle continuer à consommer 80% de nos ressources alors qu’elle n’est pas rentable? », s’insurge-t-elle auprès de l’agence TAP, avant de poursuivre: « En Tunisie, 1m³ d’eau destiné à l’agriculture irriguée ne rapporte que 0,6 dollar tandis que le même volume consacré au secteur de l’industrie, génère 80 dollars ».

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