Le confinement, un coup fatal pour les marchands de jouets déjà plongés dans le marasme (Reportage)

11-05-2021

La fête de l’Aid El Fitr marquant la fin du mois de Ramadan, n’est pas seulement une occasion pour échanger les vœux et les pâtisseries traditionnelles…Selon les coutumes, il s’agit bien d’une fête dédiée aux enfants, qui se préparent pour cette journée spéciale, en achetant de nouvelles tenues, et en réclamant un nouveau jouet… Des caprices que les parents sont appelés à satisfaire, malgré les crises économiques et sanitaires, ayant mis à l’épreuve leur pouvoir d’achat…

Avec le confinement général qui s’étale sur une semaine à partir de dimanche 09 mai, en vue d’endiguer la troisième vague du Coronavirus, plusieurs citoyens seront  contraints de se passer de quelques achats non essentiels, pour cette fête. Un fait, qui aura sans doute un impact important sur les recettes de quelques commerces, notamment les magasins des jouets qui, d’habitude profitent de cette période de fête pour réaliser au moins 40% de leurs chiffres d’affaire.

Ce constat a été confirmé par une gérante d’un magasin de jouets parmi les plus notables de Tunis, que nous avons rencontré deux jours avec la fermeture obligatoire des commerces… A midi, sa boutique était vide de visiteurs. Les jouets exposés encombraient les étalages, sans pour autant attirer aucun potentiel client !

« Les Tunisiens sont actuellement occupés par l’approvisionnement. La priorité pour eux, est d’assurer les besoins alimentaires de leurs familles.

Quant à l’achat des jouets, il ne peut pas se faire dans cette ambiance anxiogène. « Nous sommes grandement lésés par l’annonce du confinement général en pleine période de bénéfice. Sans oublier qu’avec la fermeture anticipée des écoles, plusieurs parents comptent sur les jeux qu’ils ont achetés auparavant, à l’occasion de l’arrêt des cours décrété il y a quelques semaines », nous dévoile-t-elle.

«Des mères de familles se sont ruées vers nos magasins pour acheter des jeux plutôt instructifs, en vue d’occuper leurs enfants, et d’atténuer l’ennui lors de ces longues vacances passées cloitrées à la maison…Cependant, ils n’ont pas besoin de dépenser une seconde fois, à l’occasion de l’Aid», ajoute la gérante de la boutique, signalant que les gains enregistrés avec l’arrêt des cours, sont incomparables avec ceux réalisés habituellement pendant l’Aïd.

La gérante nous a parlé également d’un changement du comportement des consommateurs, avec ce nouveau mode de vie, « d’enfermement ».

« Avec les soirées ramadanesques passées à la maison, les adultes ont eu cette tendance de chercher de quoi s’occuper. Et quoi de mieux qu’un jeu de société, qui peut réunir toute la famille », nous confie une vendeuse.

En parlant des produits phares les plus vendus ces derniers temps, elle a souligné que les jeux classiques sont souvent au palmarès des ventes, comme le puzzle, les échecs, les Lego, scrabble,  Monopoly, UNO, les jeux de carte, les jeux instructifs de réflexion, et d’apprentissage des mots et des lettres…Quant aux prix de ces jouets, il faut compter un budget de 30 à 60 dinars.

Dans le cas des jeux les plus  sophistiqués, sollicités généralement par les filles et garçons, âgés de 6 ans et plus, ils réclament souvent des voitures télécommandées, Barbie, poupées, figurines… Les plus grands sont attirés par les poupées géantes, les déguisements en héros et héroïnes de films, vélos, des tablettes et consoles de jeux. En revanche, pour ces jeux, il faut compter des budgets qui vont de 150 dinars  à 500 dinars, pour les « Play Station » par exemple.

« D’autres articles ont marqué un succès avec le nouveau contexte sanitaire, comme les vélos pour une promenade à l’extérieur, ou les trottinettes fonctionnelles même en appartement », a ajoute la commerciale.

Gnetnews s’est aussi rendu dans un autre magasin de jouets, dans la zone d’El Menzeh.  

Dans cette boutique de 3 étages, où sont exposés les milliers de jouets pour tous les âges et tous les gouts, les vendeurs étaient en train d’attendre l’arrivée des clients…Pour eux, cette année est la pire en matière de vente.

« A cause du Coronavirus, les parents ramènent rarement leurs enfants, dans le but de leurs éviter de toucher les surfaces qui pourraient être contaminées… », nous a indiqué un vendeur.

«  Autrefois, on utilisait d’autres outils de commercialisation pour encourager les consommateurs à acheter. En période des fêtes, on faisait appel à des mascottes, les vendeurs se déguisaient pour attirer l’attention des passants. On aménageait des petits coins de coloriage, de maquillage et d’essai de quelques jeux…La période de l’Aid était avant, festive et joyeuse. Depuis deux ans, cette ambiance a changé. Avec la distanciation sociale et les restrictions annoncées, ces préparatifs sont interdits. Même le travail de marketing est fait à moitié, en ligne uniquement…Une autre alternative que nous avions adoptée, durant la fermeture de nos magasins…  ».

Emna Bhira