Le gouverneur de la BCT pose les conditions pour un redressement du dinar

26-02-2019

Le gouverneur de la banque centrale, Marouan Abassi, a imputé la dépréciation de la monnaie nationale à la baisse de la production et au creusement du déficit, affirmant que « le dinar est le reflet de l’économie ». « S’il y a production, productivité et compétitivité, le dinar monte, si on n’a rien de tout ça, et on n’a pas d’offre exportable, c’est une catastrophe, le dinar se déprécie », a-t-il alerté. 

« La production locale est en train de se dégrader, l’industrie tunisienne est en train de mourir petit à petit et l’importation s’est accrue, » a-t-il déploré lundi soir, dans sa réponse aux députés, lors d’une plénière de dialogue à l’Assemblée.

Grand déséquilibre de la balance énergétique
« En 2010, on était dans une balance énergétique équilibrée, le déficit est passé d’un milliard à 6 milliards. Les recettes du phosphate ont également baissé pour atteindre un milliard, contre quatre milliards. Idem pour le tourisme dont les recettes ont atteint trois milliards, contre 7 milliards auparavant ». Ce manque à gagner de trois à quatre milliards est à l’origine du déficit, qui est désormais structurel, a-t-il souligné en substance.

Les réserves en devise n’ont pas baissé dans une proportion plus grave, (86 jours d’importation au 25/02/2018), car la banque centrale est intervenue d’une manière correcte que ce soit au niveau de la politique des taux d’intérêt ou de celle du taux de change, a-t-il expliqué. 

La préservation du dinar est tributaire, selon ces dires, de la réduction du déficit. « Ces milliards devraient rentrer dans le secteur formel sinon, on serait face à plus de dégradation ».

Il a réitéré que la décision du relèvement de 100 points de base du taux d’intérêt était difficile, se défendant de l’avoir prise tout seul. « Cette décision a été prise à l’unanimité par le conseil d’administration de la BCT qui compte un représentant du ministère des Finances, un représentant du ministère du développement et de l’investissement, deux universitaires, deux représentants du secteur privé… , » a-t-il précisé, qualifiant de « relative » l’indépendance de la banque centrale.

Il a dit avoir consulté le comité de politique monétaire qui regroupe les meilleurs experts du pays, et avoir demandé l’avis aux économistes avant un tel relèvement du TID.

Il a concédé, qu’avec cette mesure, les gens ont été touchés dans leur pouvoir d’achat, à travers notamment la hausse du TMM, mais « ils le seraient encore plus, lorsque l’inflation devient incontrôlable ».

Le gouverneur de la BCT a prévu une baisse de l’inflation avec cette mesure, mais les pressions inflationnistes ne seront maîtrisées que lorsque la production revienne, le déficit soit réduit, et les équilibres macroéconomiques se redressent.

Au sujet du billet de 50 dinars, qui serait aux yeux de certains à l’origine du problème, le chef de la banque des banques, a indiqué que ce billet ne représente que 8 % de la monnaie nationale, « le billet qui rentre à la BCT n’en sort plus. »

Quelque 4 milliards circulent en dehors du secteur formel dont un à deux milliards aux frontières avec la Libye et l’Algérie, a-t-il encore estimé, appelant à faire revenir cet argent dans le circuit formel.

Il faut travailler sérieusement sur la Libye et l’Algérie
Abassi a fait état d’une amélioration des échanges tuniso-libyens suite au règlement du problème de paiement entre les banques centrales tunisienne et libyenne. « On est passé d’un volume de transactions de 400 millions à 1,2 milliards ».

Il a prôné un travail sérieux sur la Libye et l’Algérie pendant la période à venir, signalant que « d’autres pays sont en train de nous confisquer ce marché, dont les importations s’élèvent à 6, voire 7 milliards, et où la part de la Tunisie est insignifiante ».

Le gouverneur de la BCT a par ailleurs fait état de la baisse de l’investissement. « On était à un taux de 24 % on est redescendu à 18 %, soit un taux inférieur au pays le plus bas dans la région ». Auparavant les IDE provenaient dans une proportion de 60 à 70 % de l’énergie, lesquels n’existent plus. « S’il n’y a plus ni investissement intérieur ni extérieur, comment va-t-on rétablir les anciens taux de croissance, » s’est-t-il interrogé.

Il a encore souligné que « le pays a 9 milliards à rembourser, elle ne pourra le faire que s’il y a un retour un travail, et si l’on ramasse notre argent, notre pétrole et si l’on reprend l’investissement ».

Le gouverneur de la BCT a exclu toute ingérence du FMI dans le relèvement du TDI. « Je ne suis pas empereur et ne je m’attache pas au fauteuil, je suis une personne responsable et mandatée », a-t-il affirmé, appelant à préserver l’impartialité de l’Institut d’émission et à le tenir à l’écart des tiraillements politiques.

Il a considéré envisageable de venir en aide à certains secteurs, à l’instar de l’agriculture, de l’industrie, à travers par exemple une bonification de taux. Il a cité une étude de l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE), selon laquelle, la question du taux d’intérêt n’était pas la plus importante, le problème réside néanmoins dans l’accès au crédit et la stabilité.

Gnet

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