Tunisie : L’incivisme et les manquements des communes à l’origine du manque de propreté
Alors que la saison estivale bat son plein, la Tunisie se trouve confrontée à un problème de taille : la propreté de ses rues et de ses plages. Malgré ses nombreux attraits touristiques et culturels, le pays voit son image ternie par des rues de plus en plus sales et des plages souffrant d’une dégradation inquiétante. Cette situation met en péril la réussite de la saison estivale et appelle à des mesures urgentes pour préserver la réputation du pays en tant que destination touristique de choix.
La propreté des rues, une préoccupation grandissante
En dépit des efforts déployés par les autorités locales et la société civile pour sensibiliser la population à la propreté urbaine, les rues de certaines villes tunisiennes connaissent une détérioration constante. Des détritus jonchent les trottoirs et les espaces publics, offrant un spectacle peu reluisant aux résidents et aux visiteurs. Cette situation déplorable se révèle être un problème systémique, résultant notamment du manque de civisme de certains citoyens qui continuent de jeter leurs déchets n’importe où.
A Gammarth, quartier pourtant huppé, de la banlieue nord de Tunis, certaines zones résidentielles sont envahies par des dépôts sauvages. Déchets domestiques, de construction ou encore appareil électroménagers sont jeté aux abords des rues au pied des villas de luxe. Mme Amal est une habitante d’un de ces quartiers. Elle a récemment construit une grande maison dans une toute nouvelle zone résidentielle.
« Avec un groupe de voisins, cela fait plusieurs années que nous demandons à ce que nous ayons des bennes à ordures, mais la municipalité n’a jamais pris en compte notre demande. Les gens déposent donc à même le sol leurs sacs de déchets, et le camion poubelle passe une fois par semaine en laissant derrière les ordures qui se sont incrustées, à force, dans le sol », déplore-t-elle.

En outre, le manque d’infrastructures adéquates de collecte des déchets dans certaines régions contribue également à l’aggravation du problème. Les poubelles débordantes dégagent des odeurs nauséabondes et attirent les nuisibles, créant ainsi un environnement peu propice à la qualité de vie des résidents.

Le triste état des plages, un enjeu écologique et touristique
En cette période estivale, les plages tunisiennes devraient être le joyau du pays, attirant les touristes nationaux et étrangers en quête de détente et de loisirs. Cependant, le constat est alarmant : des plages souillées par des déchets plastiques et autres débris, nuisant à la biodiversité marine et à l’écosystème fragile du littoral. Selon les statistiques, 80% des déchets marins retrouvés sur les côtes Tunisiennes sont issus du plastique.
C’est ce que nous avons pu constater, à la la plage publique de La Marsa. En parcourant le sable, aucun centimètre carré n’est épargné par la pollution. Bouteilles en plastique, en verre, mouchoirs souillés, emballages alimentaires et même couches pour bébé, jonchent la plage au beau milieu des baigneurs. Sur les 1 kilomètre de plage que nous avons parcouru, seules deux poubelles étaient mises à disposition des visiteurs. Ajouter à cela, l’odeur nauséabonde qui bordent les escaliers menant à la plage.


Il est également essentiel de souligner le comportement incivique qui prédomine chez certains citoyens en Tunisie. Ces individus, mal éduqués et peu sensibilisés à l’importance de la propreté dans les villes et les espaces publics, ont pris l’habitude de jeter leurs déchets n’importe où. Que ce soit des mégots de cigarettes, des papiers, des chewing-gums ou des paquets de cigarettes vides, rien n’échappe à leur négligence.
Même les automobilistes ne sont pas épargnés par cette attitude irresponsable. Ils jettent sans la moindre gêne des bouteilles vides et des mouchoirs en papier depuis leur véhicule en mouvement.
Lors de notre visite à la plage de La Marsa, nous avons été les témoins d’une scène très représentative du comportement des Tunisiens vis-à-vis de la préservation de la propreté. Une dame, remontant de la mer avec deux bouteilles en plastiques remplies d’eau lui servant à se rincer les pieds avant de prendre sa voiture, n’a pas hésité à jeter ces bouteilles sur le trottoir sans la moindre gène.
De plus, il est courant de voir certains automobilistes vider leurs cendriers au feu rouge, ajoutant ainsi à la liste des laideurs environnementales.
Cette inconscience environnementale n’est malheureusement pas un phénomène isolé, et elle ne se limite pas uniquement aux Tunisiens. Cependant, il est crucial de reconnaître que cela impacte négativement l’image du pays et contribue à la détérioration de l’environnement local.
Pour remédier à cette situation, une prise de conscience collective est indispensable. Il est nécessaire d’éduquer et de sensibiliser la population sur les conséquences néfastes du comportement incivique en matière de propreté. Si des campagnes de sensibilisation et d’éducation sont mises en place sous l’impulsion de la société civile afin de promouvoir des gestes respectueux de l’environnement, elles ne remplacent pas le rôle crucial dans autorités dans ce domaine.
A cet égard, a travers le programme Clean Up Year, lancé en janvier dernier, le ministère de l’Environnement a annoncé que 2023 sera l’année de la propreté dans l’ensemble des gouvernorats de la république. En pleine saison estivale, il semble que cette initiative n’ait pas eu le succès escompté : la communication est rare, et les preuves sur le terrain aussi.
En mettant l’accent sur la responsabilité individuelle et collective, il serait possible de créer un environnement plus propre et agréable pour tous.
La dégradation des plages n’est pas uniquement un problème écologique, mais également un problème économique. Le tourisme côtier représente une part significative des revenus du pays, et la détérioration de ces espaces naturels pourrait entraîner une diminution des arrivées touristiques, portant ainsi préjudice à l’économie locale et nationale.
Des mesures urgentes pour redorer l’image du pays
Face à cette situation préoccupante, il est crucial que les autorités tunisiennes prennent des mesures urgentes pour améliorer la propreté des rues et des plages. La sensibilisation citoyenne doit être renforcée, avec des campagnes de communication et d’éducation mettant l’accent sur le respect de l’environnement et le civisme.
Parallèlement, il est essentiel d’investir dans des infrastructures de gestion des déchets modernes et efficaces, comprenant notamment un réseau de collecte et de recyclage adéquat. L’implication des entreprises privées et des associations locales pourrait également jouer un rôle déterminant dans la recherche de solutions durables.
Enfin, la préservation des plages doit être au cœur des priorités. Des mesures strictes de surveillance et de sanctions pour les comportements irresponsables sur les plages pourraient dissuader les comportements nuisibles à l’environnement.
La propreté en Tunisie représente un enjeu majeur pour l’image du pays en cette saison estivale. Il est temps d’agir collectivement pour redorer le blason de ce pays aux nombreux attraits touristiques. En faisant preuve de civisme et d’engagement environnemental, les Tunisiens pourront préserver leur patrimoine naturel et culturel tout en offrant aux visiteurs une expérience inoubliable.
Wissal Ayadi