Quid de la qualité des soins à Sidi Bouzid et Gafsa ?

26-03-2019

La coalition de la société civile pour la santé de la mère et de l’enfant, a organisé ce mardi 26 mars 2019, une conférence sur les soins de santé pour la femme enceinte, durant laquelle, les résultats d’une étude sur la qualité des services médicaux dans les gouvernorats de Gafsa et Sidi Bouzid, ont été divulgués.

Cette étude est basée sur les rapports et les statistiques du ministère de la santé, l’Institut national de la statistique (INS), l’institut national de la santé publique (INSP), la direction des soins de santé de base, les fonds des nations unies pour la population, et l’organisation internationale « médecins du monde ».

Selon les statistiques, Sidi Bouzid compte 11 centres de soins spécialisés dans la santé de la mère et de l’enfant, dont 10 sont implantés dans les délégations et un seul est situé, dans le centre du gouvernorat.
Plus que 50% des habitants de Sidi Bouzid, parcourent 2 kilomètres pour arriver aux centres de santé de base, et plus de 70% de la population, parcourent deux kilomètres pour atteindre un hôpital local.

La distance parcourue pour arriver à l’hôpital régional le plus près de Sidi Bouzid est estimée à 44 kilomètres, ce qui représente la plus longue distance sur le plan national, après le Kairouan (46 kilomètres), Kasserine (50 km), et Tataouine (59 km).

Les unités médicales mère-enfant de l’hôpital régional de Sidi Bouzid, assurent 3832 accouchements par an, ce qui représente 61% de la totalité des accouchements dans la région. En revanche, les trois hôpitaux locaux à Ben Aoun, Mazouna, Regueb, assurent au total 1062 accouchements uniquement, par an.

Concernant Gafsa, les statistiques réalisées en 2016 ont révélé que 36 kilomètres séparent l’hôpital régional des différentes régions du gouvernorat.

L’infrastructure compte un hôpital régional de catégorie A (Gafsa), un deuxième hôpital régional de catégorie B, situé à Metlaoui, qui assurent tous les deux, chaque année, 6350 accouchements. Quant aux six hôpitaux locaux de Gafsa, ils réalisent, séparément et annuellement, moins de 540 accouchements.

Ces structures publiques de santé disposent au total de 5 salles d’accouchement, renforcées par un seul bloc opératoire, en revanche les trois autres salles ne sont pas équipées.

Ces disparités au niveau des activités des unités de santé, révèlent la grande pression subie par les hôpitaux régionaux, ce qui est dû à un déséquilibre dans la carte sanitaire régionale, et du manque au niveau des ressources humaines, a expliqué Manaouer Aissaoui, membre de la coalition.

Concernant les cabinets médicaux privés, 91% des femmes enceintes y sont allées pour au moins, une seule consultation prénatale, pendant la grossesse. 41% ont consulté 4 fois ; dans un cabinet privé, durant la grossesse, sachant qu’il est conseillé de faire entre 4 et 5 consultations prénatales avant l’accouchement.

Le taux d’accouchement en milieu assisté est de 78% à Gafsa, dont 33% à la région du Gtar, et 40% dans la délégation de Belkhir, contre 82% à Sidi Bouzid.

Il est à rappeler aussi que le taux des accouchements à domicile ne dépasse pas le 1.5%, sur le plan national.
Les 211 femmes qui ont été questionnées, sont toutes des trentenaires qui ont eu au moins deux enfants, dont 8% ont vécu un décès de leur nouveau-né, soit 7% sont décédés après un mois de leur naissance.

74% de ces mères ont fait des échographies au moins une fois durant la grossesse, dont 76% ont été réalisées dans un service privé de gynécologie obstétrique privé.

42% ont reporté au moins deux fois, leur consultations et examens prénatals, car elles considèrent que les visites médicales sont couteuses, et 30% l’ont ajounée, à cause de la distance et la longueur du temps d’attente…

Le taux de recours à l’IVG est de 22.3%, soit une fois au moins pour chacune, et 34.4% ont subi une IVG, au moins deux fois dans leur vie.

11% de ces femmes n’ont pas atteint un niveau d’éducation, 68% des questionnées ont fait des études primaires et secondaires, et 21% ont effectué des études supérieures.

Parmi ces femmes, 32.2% sont sans couverture sociale, et 40% n’ont pas accès à l’eau potable.

La députée Hayet Omari, du courant Al Mahaba, a déclaré que le système de santé tunisien, a pour rôle de garantir la justice sociale, et non pas le contraire.
Elle a aussi rappelé que l’hôpital Maknassi, de Sidi Bouzid, ne dispose que d’un seul médecin pédiatre ce qui est alarmant, surtout lorsqu’il s’agit du deuxième plus grand gouvernorat en Tunisie.

« Le manque du personnel médical et des ressources humaines dans les régions a atteint ses limites », déplore-t-elle.

Le président de la commission de santé, et des affaires sociales à l’ARP, Souheil Alouini, a expliqué que la réticence des médecins au sujet de l’exercice dans les régions, revient essentiellement au manque de sécurité.

Le député Souheil Alouini a appelé le gouvernement à augmenter le budget du ministère de la santé de 8% au moins, afin d’assurer les équipements nécessaires surtout dans les régions démunies, dans le but d’inciter le personnel médical à exercer, notamment dans les régions intérieures.

Emna Bhira