Tunisie/ Gouvernement Jemli : Compromis et compromissions pour lui garantir le vote de confiance !

06-01-2020

L’annonce jeudi dernier par Habib Jemli, de sa composition gouvernementale n’a pas tranché le débat à son sujet. Bien au contraire, le nouveau gouvernement alimente la controverse, et cristallise les mécontentements. Son destin à l’Assemblée reste inconnu, même si rien ne sera épargné, moyennant compromis et compromissions, pour faire en sorte à ce qu’il soit entériné.

Mis à part Habib Jemli en personne qui est persuadé de la compétence, l’intégrité, et l’indépendance des membres de son équipe, personne d’autre ne partage son avis. Les 42 ministres et secrétaires d’Etat proposés sont accueillis au mieux, par un oui…mais ; au pire par un Niet catégorique.

Entre Ennahdha qui se résout de gré ou de force, à le soutenir, même si le casting ne lui apporte pas totalement satisfaction ; des partis encore indécis entre lui voter la confiance, ou ne pas la lui accorder ; et d’autres qui lui opposent un rejet motivé et argumenté ; le gouvernement de Habib Jemli ne convainc pas, et ne semble pas être à la mesure des exigences et défis de l’heure.

Le fait que la plénière de vote de confiance soit repoussée à la fin de la semaine, à l’heure que le pays, à l’arrêt depuis des mois, attend dans l’urgence, qu’un nouveau gouvernement en prend enfin les rênes, traduit l’incertitude qui plane sur le devenir de ce gouvernement, lequel a besoin de 109 députés pour passer, et d’une majorité encore plus importante, pour ne pas tomber au moindre soubresaut et pouvoir aspirer à un minimum de stabilité.

Le pari est donc de l’entourer d’un large cordon politique, chose qui ne sera manifestement pas possible que si l’équipe dévoilée jeudi dernier, fasse l’objet de changements, et que certaines personnalités critiquées et sur lesquelles pèsent des soupçons, cèdent leur place à des candidats irréprochables.

L’article 89 ne permet pas de remanier le gouvernement, avant le vote de confiance
Constitutionnellement, est-il possible de remanier une composition gouvernementale, après en avoir transmis la liste au président de la république, et après l’avoir rendu publique. Les avis sont partagés là-dessus, mais l’article 89 est clair et ne permet pas un tel cas de figure. A moins de vouloir interpréter ce qui n’est point interprétable et faire jurisprudence.

Ennahdha (52 sièges) et Qalb Tounes (38 sièges), les deux partis qui vont voter, à coup sûr, la confiance au nouveau gouvernement, exhortent Habib Jemli à opérer des changements au sein de son équipe proposée.

Le Conseil de la choura ne voit pas d’un bon œil que les compétences partisanes soient écartées, et que des personnalités proposées ne répondent pas aux attentes de nombreux Tunisiens, d’où son appel à son candidat désigné de revoir sa copie.

Idem pour Qalb Tounes, qui rejette le gouvernement dans sa composition actuelle, et réclame des réajustements. Intervenu dimanche sur Nesma, son président Nabil Karoui appelle à « des révisions et des changements sur le fond et la forme ». Si Habib Jemli s’accroche à son équipe telle qu’elle a été dévoilée, l’orientation générale du parti sera celle de ne pas voter la confiance au gouvernement vendredi prochain, a-t-il prévenu.

Habib Jemli semble obligé de se soumettre aux revendications de ces deux grands soutiens potentiels et de revenir sur certains de ses choix. Il aura créé ainsi un autre précédent, et fait une entorse aux usages et à la constitution, qui veulent qu’une fois la liste gouvernementale est présentée au président de la république, celui-ci la transmet à l’Assemblée qui devra la soumettre, inchangée, à une plénière de vote de confiance.

La nouvelle année, et avec elle, le nouveau gouvernement débutent dans le flou, l’hésitation et les revirements. Ceux qui nous gouvernent se fourvoient, et perdent d’emblée la boussole. Ils se créent eux-mêmes des problèmes, et peinent a posteriori à les résoudre. Pour tenter de se tirer d’affaire, ils se réfugient dans la politique du moindre risque, et le scénario le moins pire. Et dire que le nouveau gouvernement est attendu sur des engagements fermes, des réformes cruciales et des choix décisifs pour sauver une Tunisie, qui continue, hélas, à servir de champ d’expérimentation.

H.J.

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