Tunisie/ La thèse du jeudi noir infirmée : Comparaison n’est pas raison !

23-01-2019

La vie reprend ses droits ce vendredi, au lendemain de la paralysie engendrée par la grève générale observée hier dans la fonction publique, et le secteur public. Cette action sociale menée par la puissante centrale syndicale s’est déroulée dans le calme et la sérénité. Aucun débordement n’a été signalé, et la thèse d’une possible résurgence du jeudi noir ne s’est fort heureusement pas confirmée.

Les craintes entretenues sur de possibles dérapages ne se sont pas justifiées. L’UGTT a, instamment, mis en garde, avant le Jour J, contre les risques que la situation échappe à tout contrôle. La grève générale du jeudi 17 janvier ne sera comme celle du jeudi 22 novembre 2018 dans la fonction publique, n’a-t-elle cessé de marteler, par la voie de ses chefs, affirmant qu’elle ne sera pas en mesure d’en garantir le bon déroulement, face à l’exaspération populaire et au niveau de tension qui marque le climat général.

Le président de la république avait abondé dans le même sens le 14 janvier, jour de la fête de la révolution, alertant contre le risque que le scénario du jeudi noir, la grève du 26 janvier 1978, ne se reproduise, avec son bilan dramatique de morts, d’incarcération et de dislocation de l’unité nationale.

Ces mises en garde semblent avoir ameuté les autorités qui n’ont manifestement rien laissé au hasard en termes de déploiement sécuritaire. Pari réussi, la grève a donné lieu à une performance sécuritaire. La contestation s’est déroulée dans un climat pacifique, et civil. Comparaison n’est pas raison, entre la grève de janvier 1978 et la grève de janvier 2019, 41 ans se sont écoulés, et que d’eau a coulé sous les ponts.

Nonobstant les difficultés et les vulnérabilités, la Tunisie semble être sortie de l’autocratie et l’autoritarisme, pour embrasser l’ère démocratique et respirer la liberté à pleins poumons.

Les fonctionnaires se sont mobilisés en grand nombre à l’appel de l’UGTT, et ont dénoncé la vie chère, la baisse du pouvoir d’achat, et ont scandé des slogans hostiles au gouvernement, sans qu’ils ne soient inquiétés.

La démocratie naissante a donné hier un bien meilleur exemple, que des démocraties anciennes, théâtre ces derniers mois de contestation populaire, et de manifestations qui virent à la violence et à l’affrontement avec la police. 

La centrale syndicale pavoise de la réussite de la mobilisation, et du refus des agents d’obtempérer à l’ordre de réquisition, une procédure qui s’est faite dans la précipitation, sans respecter les procédures d’usage, fustige-t-elle. 

La présidence du gouvernement dit avoir eu recours à la mesure de réquisition, conformément à l’article 389 du code du travail. Elle a ajouté ne pas avoir publié le décret de réquisition avant une semaine, pour ses tentatives de parvenir à un accord avec l’UGTT avant la fin des négociations.

Ceci étant, la centrale syndicale ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, et agite la menace de l’escalade à l’issue de sa commission administrative de demain, samedi 19 Janvier.  Son Secrétaire Général annonce "des mesures à la hauteur des militantismes des fonctionnaires".

Reste à faire prévaloir la voie de sagesse, et à retourner à la table du dialogue pour un accord de sortie de crise. La grève a eu un coût exorbitant pour l’économie et a provoqué un grand désagrément pour les citoyens, sans changer la donne en termes de rapports de force.

Les parties syndicale et gouvernementale revendiquent une réussite. La première d’avoir pu autant mobiliser, et la deuxième d’avoir pu sécuriser le mouvement et éviter les dérapages.

Le pays a subi hier un coup douloureux, mais est resté debout. La déception pourrait être dans le rang de ceux qui ont parié sur le pourrissement.

H.J.

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