Un projet pour la réhabilitation des 204 « Fesguias » de Djerba

31-05-2019

« Djerba la douce », comme elle est souvent appelée, est connu pour ses plages paradisiaques, sa médina antique et son affluence touristique. Ce qui est moins connu, mais qui fait aussi partie du paysage de l’île, ce sont ses « Fesguias ». Installées un peu partout, ces citernes d’eau publique, permettent la récupération des eaux pluviales. Djerba est confrontée à des problèmes d’approvisionnement en eau. Le changement climatique ne fait qu’aggraver la situation. Devant le manque de moyens des pouvoirs publics face à ce phénomène, la société civile a décidé de prendre les choses en main. L’Association Jlij pour l’Environnement Marin (AJEM) a mis en œuvre un programme de réhabilitation des Fesguias de Djerba.

Le PNUD et l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral (APAL) ont mis en place un programme de lutte contre les vulnérabilités et les risques liés aux changements climatiques dans les zones côtières vulnérables de la Tunisie. C’est dans ce cadre que l’AJEM, association de protection de l’environnement marin, très active à Djerba, a lancé un projet de réhabilitation des citernes d’eau publiques de l’île. GnetNews a contacté le Président de l’AJEM, Faycel Ghzayel. Il fait le point sur ce projet.

C’est une situation alarmante qui a donné lieu à la naissance de cette idée. En effet, les activités agricoles, industrielles, halieutiques et portuaires, menacent l’approvisionnement de l’île en eau. « Mais la plus grande crainte provient de l’activité touristique. Avec près de 140 hôtels bâtis, l’utilisation des ressources hydriques devient un vrai défi », s’inquiète Faycel Ghzayel.

Le changement climatique est également un facteur de menace pour l’approvisionnement en eau à Djerba. Bénéficiant d’un climat semi-aride, l’île est confrontée à des périodes de sécheresse plus fréquentes, pouvant parfois être longues. Depuis quelques années, elle subit à l’inverse des périodes de fortes pluies. Ce passage d’un extrême à un autre est appelé le dérèglement climatique.

La SONEDE n’arrive pas, de son côté, à fournir la quantité d’eau suffisante aux 163.000 habitants de l’île. « La consommation d’eau à Djerba est estimée à 50.000m3, la SONEDE ne fournit que 40.000m3. Il y a donc un écart de 10.000 m3 à chaque fois », déplore le militant écologique. Cette situation provoque donc des coupures d’eau à répétition sur l’île, notamment dans la localité de Midoun.

Afin de couvrir les besoins en eau de l’île, de réduire le déficit hydrique dans le sud du pays et d’améliorer la qualité de l’eau dans le gouvernorat de Médenine, une station de dessalement d’eau de mer a été inaugurée il y a tout juste un an à Djerba. D’une capacité de traitement de 50.000 m3 par jour, cette unité aurait pu être une solution durable. « Mais les coûts importants du fonctionnement de l’usine ne permettent pas de la faire tourner à plein régime. Elle n’est donc utilisée qu’en cas de besoin urgent », déplore Mr Ghzayel.

Recyclage de l’eau des foyers universitaires et mosquées
Le projet « Fesguietna » dispose d’une enveloppe de 120.000 dinars, allouée par le PNUD et l’APAL  s’étalant sur une période d’un an (décembre 2018 à novembre 2019). Ces installations, très anciennes, sont gérées par le Ministère de l’Agriculture, via le Commissariat de Développement Agricole du gouvernorat. « Ni le CRDA, ni le gouvernorat, ni les municipalités, n’ont les moyens financiers de réhabiliter les citernes. Ils ont d’autres priorités, dans d’autres localités où l’accès à l’eau potable n’est même pas assuré », affirme Faycel Ghzayel.

Dans un premier temps, il a fallu identifier et recenser le nombre de citernes présentes sur l’île. Selon Faycel Ghzayel, « 204 citernes ont été trouvées. Certaines n’étaient même pas comptabilisées dans le listing du ministère de l’agriculture ». L’objectif de ce recensement, est de réaliser un mapping numérique des citernes. Au final, 10 d’entre-elles seront réhabilitées.

Autre aspect important du projet, la restauration de trois citernes situées dans des écoles publiques. Un système de recyclage direct de ces eaux sera également mis en place. « Il s’agira de récupérer les eaux des sanitaires afin de les utiliser pour l’entretien des jardins des écoles », nous explique Faycel Ghzayel. Le début des travaux est prévu pour cet été.

Au-delà de l’aspect écologique, il s’agit également de préserver un patrimoine historique. En effet, chaque «Fesguia» dispose d’une forme spécifique. « Il y a des modèles qui ont été construits par les Français, d’autres par les Maltais…donc cela fait partie aussi du paysage de l’île. Nous nous devons de préserver ce patrimoine rare », insiste le Président de l’association.

L’Association Jlij pour l’Environnement Marin a d’autres ambitions dans ce domaine. Elle voudrait développer le concept de recyclage de l’eau dans les foyers universitaires, ou plus surprenants encore, dans les mosquées. Il s’agit de recycler l’eau utilisée pendant les ablutions. Avec 350 mosquées sur l’île, imaginons le nombre de mètres cube d’eau qui pourrait être récupérés. Bien que soutenus, dans l’idée, par les autorités locales, l’association n’arrive pas à obtenir de moyens financiers de leur part. « Nous n’avons d’autres choix que de nous tourner vers des bailleurs de fonds internationaux », déplore Mr Ghzayel. Pourtant, le changement climatique et l’utilisation de nouvelles techniques pour le développement durable sont, avec les énergies renouvelables, des défis auxquelles la Tunisie ne pourra pas échapper.

Wissal Ayadi

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