Analyse : La métamorphose du Portugal, entre libération tactique et ombre de Ronaldo
Et si on vous disait que la prestation du Portugal ce soir a laissé un millier de points d’interrogation sur les coulisses de la sélection, meisseriez-vous ? Pour sa première sortie officielle depuis le départ de Cristiano Ronaldo du rassemblement, la Seleção a répondu sur le terrain par un festival offensif 4-2 face au Danemark.
Une masterclass tactique qui pousse inévitablement à poser la question : le problème venait-il réellement de la présence de CR7, ou assiste-t-on simplement à la mutation d’une équipe qui avait besoin de réinventer sa partition ?
Attention, nul besoin d’extrapoler l’existence d’un front anti-Ronaldo, aucun fait tangible ne venant étayer cette théorie. Néanmoins, la copie rendue sur la pelouse mérite qu’on s’y attarde. Joao Cancelo repiquant dans l’axe, permutant avec Gonçalo Ramos avant de surgir dans le dos de la défense pour conclure d’un subtil ballon piqué. Puis ce même Ramos combinant à toute vitesse avec Bruno Fernandes pour battre le portier adverse. Il n’y a oas de hasard, mais bien une machinerie offensive huilée, fondée sur le mouvement, la fluidité des permutations et une verticalité foudroyante dans les trente derniers mètres.
Le Danemark a bien tenté de répliquer par l’intermédiaire de Rasmus Højlund, dont la célébration mimant la fameuse posture de Ronaldo devant le public portugais a piqué au vif l’orgueil local. La réponse n’a pas tardé, balayant d’un revers de main toute polémique. Bruno Fernandes lève la tête, dépose un amour de ballon dans le dos de l’arrière-garde pour permettre à Vitinha d’inscrire son tout premier but, avant que Joao Félix ne scelle le succès d’un quatrième but consécutif à une séquence collective d’une propreté chirurgicale.
Au coup de sifflet final, les statistiques parlent d’elles-mêmes avec dix-neuf tirs tentés et un total de 2.74 buts attendus pour le Portugal, contre seulement douze frappes et 0.67 xG pour les Danois, selon les données de beIN Sports.
Au-delà du simple score fleuve de 4-2, c’est le jeu qui a radicalement muté. Gonçalo Ramos multiplie les appels, Bruno Fernandes s’affirme comme le métronome absolu de la création, Vitinha surgit au cœur de la surface, Cancelo jouit d’une liberté totale, et l’animation offensive se nourrit désormais de courses et d’interversions plutôt que d’attendre passivement le ballon dans les parages du point de penalty.
Pour autant, impossible d’occulter une réalité incontestable : Cristiano Ronaldo ne constitue pas un simple joueur qu’on efface d’un trait d’histoire. L’homme aux 146 réalisations internationales continue de planer sur l’institution portugaise. Une dualité palpable dans les travées, où les supporters ont déployé des banderoles enflammées à la gloire de leur légende, tandis que Jorge Jesus essuyait des sifflets nourris avant et pendant la rencontre, balancés en écho à d’autres pancartes affichant un soutien indéfectible au technicien.
C’est précisément cette nuance qui empêche de résumer la situation à un simpliste constat post-Ronaldo. Non, le match de ce soir n’a pas démontré que le Portugal s’est miraculeusement métamorphosé en mieux sans son serial buveur de records. Il a simplement mis en lumière une vérité autrement plus profonde : la Seleção regorge d’un potentiel offensif titanesque, et Jorge Jesus a dû, pour la toute première fois, concevoir un schéma tactique s’affranchissant du nom le plus lourd de l’histoire du football lusitanien.
Le bilan comptable plaide en tout cas largement en sa faveur avec trois victoires en trois confrontations et neuf points qui trônent fièrement au sommet du groupe. Quant à savoir si le vestiaire nourrissait un réel malaise vis-à-vis de l’aura de la star, le secret appartient encore aux murs clos du centre d’entraînement. Mais une chose est sûre : le récital livré ce soir sur le rectangle vert va faire durer le débat pendant un bon moment.