Analyse : L’ES Tunis, vers la fin du mécénat exclusif à l’ère du partenariat industriel
L’assemblée générale de l’Espérance sportive de Tunis qui s’est tenue aujourd’hui restera sans doute comme un tournant dans la gestion économique du club Sang et Or.
Au-delà des bilans sportifs habituels, les chiffres dévoilés aux suiveurs dessinent les contours d’une révolution silencieuse : le modèle de financement historique, longtemps inféodé à la générosité de son président Hamdi Meddeb, cède progressivement sa place à une logique de partenariat institutionnel et commercial pérenne.
Une radiographie financière minutieuse des exercices récents met en évidence ce basculement d’envergure. Entre les saisons 2020/2021 et 2022/2023, la survie et l’ambition du club reposaient quasi exclusivement sur les deniers de son mécène.
À cette époque, Hamdi Meddeb avait versé à lui seul la somme colossale de 46 millions de dinars, complétée par 11 millions de dinars de partenariats via les sociétés Délice, portant le total des flux à 57 millions de dinars. L’apogée de ce système a culminé lors de la saison 2022/2023 avec un effort présidentiel historique s’élevant à 20 millions de dinars pour une seule saison.
Cependant, la période triennale suivante, couvrant de 2023/2024 à 2025/2026, marque une rupture de paradigme saisissante. Le soutien direct du président s’est contracté de manière spectaculaire pour s’établir à 16 millions de dinars, actant un repli de 30 millions de dinars.
Pour compenser ce désengagement partiel des fonds propres, le club a su diversifier et dynamiser ses revenus publicitaires. Les apports d’envergure signés par Délice ont ainsi bondi pour atteindre 35 millions de dinars, soit une progression fulgurante de 24 millions de dinars.
L’analyse chronologique confirme ce réajustement progressif. Dès la saison 2018/2019, les participations étaient équilibrées à 3 millions de dinars de part et d’autre, avant de connaître une distension prononcée en faveur du président au sortir de la pandémie. Le rééquilibrage s’est amorcé dès 2023/2024, où l’apport présidentiel a chuté à 1 million de dinars tandis que Délice injectait 10 millions de dinars, une tendance haussière confirmée par la suite avec 11 millions en 2024/2025 puis 14 millions de dinars lors de l’exercice 2025/2026.
Au total, si la masse financière cumulée entre ces deux acteurs majeurs accuse un léger repli, passant de 57 à 51 millions de dinars d’une période à l’autre, le message envoyé par l’institution est limpide. L’Espérance sportive de Tunis amorce sa mue économique vers une structure où la puissance des partenariats industriels supplante peu à peu le financement personnel.
Ce passage de témoin d’un actionnariat de bienfaisance vers un modèle économique professionnalisé pourrait bien constituer le véritable défi des années à venir pour la pérennité du club de Bab Souika.