Analyse : L’ES Tunis, vers la fin du mécénat exclusif à l’ère du partenariat industriel

09-10-2026

L’assemblée générale de l’Espérance sportive de Tunis qui s’est tenue aujourd’hui restera sans doute comme un tournant dans la gestion économique du club Sang et Or.

Au-delà des bilans sportifs habituels, les chiffres dévoilés aux suiveurs dessinent les contours d’une révolution silencieuse : le modèle de financement historique, longtemps inféodé à la générosité de son président Hamdi Meddeb, cède progressivement sa place à une logique de partenariat institutionnel et commercial pérenne.

​Une radiographie financière minutieuse des exercices récents met en évidence ce basculement d’envergure. Entre les saisons 2020/2021 et 2022/2023, la survie et l’ambition du club reposaient quasi exclusivement sur les deniers de son mécène.

À cette époque, Hamdi Meddeb avait versé à lui seul la somme colossale de 46 millions de dinars, complétée par 11 millions de dinars de partenariats via les sociétés Délice, portant le total des flux à 57 millions de dinars. L’apogée de ce système a culminé lors de la saison 2022/2023 avec un effort présidentiel historique s’élevant à 20 millions de dinars pour une seule saison.

​Cependant, la période triennale suivante, couvrant de 2023/2024 à 2025/2026, marque une rupture de paradigme saisissante. Le soutien direct du président s’est contracté de manière spectaculaire pour s’établir à 16 millions de dinars, actant un repli de 30 millions de dinars.

Pour compenser ce désengagement partiel des fonds propres, le club a su diversifier et dynamiser ses revenus publicitaires. Les apports d’envergure signés par Délice ont ainsi bondi pour atteindre 35 millions de dinars, soit une progression fulgurante de 24 millions de dinars.

​L’analyse chronologique confirme ce réajustement progressif. Dès la saison 2018/2019, les participations étaient équilibrées à 3 millions de dinars de part et d’autre, avant de connaître une distension prononcée en faveur du président au sortir de la pandémie. Le rééquilibrage s’est amorcé dès 2023/2024, où l’apport présidentiel a chuté à 1 million de dinars tandis que Délice injectait 10 millions de dinars, une tendance haussière confirmée par la suite avec 11 millions en 2024/2025 puis 14 millions de dinars lors de l’exercice 2025/2026.

​Au total, si la masse financière cumulée entre ces deux acteurs majeurs accuse un léger repli, passant de 57 à 51 millions de dinars d’une période à l’autre, le message envoyé par l’institution est limpide. L’Espérance sportive de Tunis amorce sa mue économique vers une structure où la puissance des partenariats industriels supplante peu à peu le financement personnel.

Ce passage de témoin d’un actionnariat de bienfaisance vers un modèle économique professionnalisé pourrait bien constituer le véritable défi des années à venir pour la pérennité du club de Bab Souika.