Tunisie : Analyse des derniers chiffres liés à la baisse du déficit commercial et au commerce extérieur

20-06-2023

Le déficit commercial de la Tunisie a connu une baisse significative de 18,4%, s’établissant à 8,1 milliards de dinars à la fin du mois de mai 2023, par rapport à près de 10 milliards de dinars au cours de la même période en 2022, selon les dernières données de l’Institut National de la Statistique.

Cette diminution du déficit est principalement attribuée à une croissance plus rapide des exportations, qui ont augmenté de 11,3% pour atteindre près de 26 milliards de dinars, et un ralentissement des importations, qui se sont élevées à 34 milliards de dinars avec une hausse de 2,4% seulement.

Ces chiffres ont eu un impact positif sur les réserves en devises du pays. Selon les dernières données de la Banque Centrale de Tunisie, les avoirs nets en devises ont atteint 22 811 millions de dinars, ce qui équivaut à 98 jours d’importation, contre 94 jours en mai dernier.

Pourtant la baisse des importations cache d’autres réalités économiques que nous avons tenté de décrypter.

D’où vient ce recul?

La baisse du déficit commercial s’explique en partie par une diminution des importations de produits alimentaires, en particulier des produits subventionnés. Les importations de ces produits sont passées de 800 millions de dinars, les cinq premiers mois de 2022 à 500 millions de dinars aujourd’hui, soit une réduction de 300 millions de dinars. Cela explique en partie les pénuries observées sur certains produits tels que le sucre, le café, la farine, la semoule, etc.

Parallèlement, il y a également eu une baisse des importations de matières premières, qui sont essentielles pour les industries locales. Les importations de matières premières sont passées de 4,5 milliards de dinars en 2022 à 2,9 milliards de dinars en 2023. Cette baisse reflète un ralentissement de l’activité économique et indique que les entreprises produisent moins.

Le pays se trouve ainsi confronté à une crise de l’offre, entraînant une contraction de l’appareil productif et alimentant la stagnation économique, nous confie un économiste sous le saut de l’anonymat.

Les conséquences sur l’emploi et la production

Cette situation a eu des conséquences sur l’emploi, et ce même dans certaines grandes entreprises du pays. Ainsi plusieurs d’entre elles n’hésitent pas à ne pas renouveler les contrats à durée déterminée, d’autres ont contraint leurs employés au chômage technique ou à l’arrêt pure et simple de leur activité. C’est le cas notamment des raffineries de sucre, par exemple, qui sont assujettis à de nombreux arrêts d’activité plusieurs fois dans l’année.

Bien que la diminution du déficit commercial puisse sembler être une bonne nouvelle, elle reflète en réalité des problèmes plus profonds. Comme expliqué ci dessus, cela témoigne des pénuries de produits alimentaires, en particulier des produits subventionnés, et surtout du ralentissement de l’appareil productif, ce qui est préoccupant.

En effet, une diminution de la production entraîne généralement une baisse du produit intérieur brut (PIB), ce qui se traduit par un ralentissement de la croissance économique.

Aussi, lorsque les entreprises réduisent leur production, elles peuvent être amenées à licencier des travailleurs pour faire face à une demande plus faible. A noter que selon les dernières données publiées par l’Institut National de la Statistique, le taux de chômage a dépassé les 16% au cours du premier trimestre 2023, contre 15,2% au cours du quatrième trimestre 2022.

En outre, une baisse de l’activité économique peut entraîner, au cours de la seconde partie de l’année, une diminution des revenus fiscaux pour le gouvernement.

Si les importations ont baissé, le déficit énergétique a quant à lui augmenté. En effet, selon les derniers indicateurs, le déficit énergétique a atteint 4,68 milliards de dinars à la fin du mois de mai, représentant ainsi 58% du déficit total.

Une crise de l’offre

Dans l’ensemble, la Tunisie est confrontée à une crise de l’offre. La diminution de la consommation est également due à la réduction de l’offre de produits et à la baisse du pouvoir d’achat des citoyens. La décélération des crédits à la consommation, qui ont augmenté de seulement 3,3% par rapport à 3,7% à la même période en 2022 selon les dernières données de la Banque Centrale publiées en février 2023, confirme cette tendance.

En maintenant son taux directeur à 8%, la Banque Centrale de Tunisie prend acte de la stagnation économique du pays et la contraction de la consommation et de l’activité économique. Étant donné que le problème ne réside pas dans la demande interne, il est inutile d’augmenter le taux d’intérêt directeur pour freiner la demande, car cela n’a aucun impact sur l’inflation. En effet, cette dernière ne provient pas de la consommation interne, mais plutôt des problèmes structurels auxquels l’économie tunisienne est confrontée.

Ces tendances macroéconomiques enregistrées sur les 5 premiers mois reflètent l’enlisement continu de l’économie tunisienne dans une crise qui pourrait potentiellement s’aggraver dans les prochains mois. Les échéances de remboursement de dettes lors des six prochains mois vont certainement réduire la marge de manoeuvre financière de l’Etat. Il ne reste à espérer qu’une belle saison touristique et une augmentation des transferts des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) pour naviguer des mois qui s’annoncent particulièrement difficiles.   

Wissal Ayadi