Coronavirus : Essais cliniques et traitement à la chloroquine, où en est-on ?

25-03-2020

Voilà maintenant presque trois mois que le monde entier tente de combattre le Covid-19. Chaque jour, de nouveaux cas de personnes infectées apparaissent et les décès s’enchaînent. Une fuite en avant contre laquelle personne ne semble trouver de solution immédiate.

Tout se joue aujourd’hui entre les mains des chercheurs. De nombreux débats agitent le monde scientifique concernant des traitements qui pourraient guérir les malades. Où en est-on des essais cliniques ? Cette fameuse chloroquine serait-elle le remède, en attendant un vaccin ?

Un essai clinique européen est en cours

A l’échelle européenne, un essai clinique a démarré dimanche dernier dans au moins sept pays du continent. Celui-ci consiste a l’évaluation de quatre traitements expérimentaux pour contrer le Coronavirus. Baptisé « Discovery », cet essai, chapeauté par l’INSERM (L’Institut national de la santé et de la recherche médicale) basé en France, sera réalisé sur 3200 patients atteints de formes sévères du COVID-19.

Cet essai clinique est piloté par Florence Ader, infectiologue dans le service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Croix-Rousse au CHU de Lyon et chercheuse au Centre international de recherche en infectiologie Ciri (Inserm, CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1).

Les quatre traitements sont le Remdesivir, le Lopinavir en combinaison avec le Ritonavir, ce dernier traitement étant associé ou non à l’Interféron Bêta, et l’Hydroxychloroquine.   

Les essais sont pratiqués en milieu hospitalier sous stricte surveillance. D’après Florence Ader, « l’avantage de cet essai est que les traitements expérimentaux inefficaces pourront être abandonnés et remplacés par d’autres molécules qui émergeront de la recherche ».

En France, cinq hôpitaux participeront a cet essai clinique, à Paris, Lille, Nantes, Strasbourg et Lyon.

Les résultats de cet essai viendront enrichir, un autre essai clinique international qui sera lancé dans les prochains jours sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), appelé « Solidarity ».

Le débat sur la Chloroquine divise la communauté scientifique

Tout a commencé le 16 mars dernier après la publication d’une vidéo dans laquelle le Professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection à Marseille, annonce qu’il estime pouvoir vaincre le nouveau coronavirus, à l’aide de la chloroquine.

Depuis, c’est l’effervescence autour de cette annonce qui sonne comme un espoir dans ce tourbillon de désespoir.

La chloroquine, ou l’hydroxychloroquine, est un anti-paludique très connu et surtout peu onéreux. En effet, si vous avez eu l’occasion de voyager en Afrique, ce médicament est prescrit en amont afin de prévenir les risques d’infection au paludisme.

Le professeur Raoult prend pour exemple la Chine. Il explique que des scientifiques chinois ont réussi à prouver que la chloroquine et l’hydroxychloroquine, dont le dérivé est connu sous le nom de Plaquenil, avaient des effets très encourageants chez des patients testés positifs au Covid-19.

C’est alors qu’il décide de réaliser un essai à l’IHU de Marseille, sur des patients infectés par le Coronavirus. Les résultats ne se pas fait attendre, puisque seulement après 6 jours de traitement, le virus a disparu chez 75% des patients, contre 10% seulement pour ceux qui ne l’ont pas reçu.

Pour autant, la communauté scientifique du monde entier semble être divisée sur la question. Nombreux sont ceux qui  émettent des réserves notamment en ce qui concerne les effets secondaires de ce traitement. Ceux-ci estiment que l’administration de chloroquine ne doit être faite que sur des patients arrivés à un stade sévère de la maladie et sous stricte surveillance médicale. Les effets secondaires pourraient, selon eux , dans certains cas provoquer des complications au niveau du cœur. 

A noter que le Pr Raoult a annoncé, ce mardi, sa démission du conseil scientifique chargé d’orienter le gouvernement français dans ses décisions,  jugeant que ce conseil ne correspond pas à ses attentes.

De son côté, l’industrie du médicament semble être prête. En effet, le laboratoire français Sanofi a proposé, le 17 mars dernier, d’offrir aux autorités françaises des millions de doses de l’antipaludique Plaquenil, pouvant traiter potentiellement 300 000 malades.

Ce même élan de générosité a été observé chez le géant israélien TEVA. Ainsi, les hôpitaux américains vont se voir offrir dix millions de doses d’hydroxychloroquine d’ici un mois, dont 6 millions livrés dès le 31 mars.

La Tunisie, elle, a fait le choix d’autoriser le protocole de soin à la choloroquine initié par le professeur français Didier Raoult.

Lors d’une conférence de presse il y a quelques jours, le ministre de la santé Abdelatif Mekki a indiqué qu’un certain nombre de services dans les hôpitaux publics tunisiens ont été autorisés à utiliser la chloroquine pour traiter les personnes atteintes du coronavirus. « Ce médicament n’est pas rejeté par les hôpitaux tunisiens et il peut être utilisé à cet effet », a-t-il indiqué. Par ailleurs, une enveloppe de 2,5 millions de dinars a été allouée à des recherches sur l’usage de la molécule dans le traitement du Covid-19. 

Par ailleurs, dans une déclaration à la TAP, le Directeur des soins et de santé de base, Chokri Hamouda, a indiqué que des scientifiques et des chercheurs ont mis au point une méthode de traitement à la chloroquine, en y ajoutant d’autres médicaments pour soigner le COVID-19 en Tunisie, signalant que ces premiers essais cliniques sont en phase avec ce qui est fait par d’autres pays dans le cadre de la lutte contre le coronavirus.

Et dans la région, la Tunisie n’est pas le seul pays à avoir autorisé le traitement à la chloroquine. En effet, au Maroc, les autorités sanitaires ont acheté à Sanofi Maroc tous les stocks des médicaments à base de cet anti-paludique. Même décision, chez nos voisins algériens. Le ministre algérien de la santé a annoncé, ce lundi, que les hôpitaux ont commencé le traitement des malades atteints de coronavirus, selon des protocoles expérimentés et avérés efficaces, dans d’autres pays. Il a ajouté que le traitement employé est disponible, et qu’il est, même, fabriqué en Algérie, faisant bien sûr allusion à la Chloroquine.

Wissal Ayadi

Lire aussi

Économie Économie Économie Économie Une partie du monde produit, et une autre consomme
Politique Politique Politique Tunisie : Kaïs Saïed et l’idée d’un