Le SNJT appelle à intégrer le secteur des médias dans le plan de développement 2026-2030
Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) suit avec attention les débats de l’Assemblée des représentants du peuple autour du projet de plan de développement 2026-2030, un document appelé à fixer les priorités de l’État ainsi que ses choix économiques et sociaux pour les années à venir, et censé refléter une vision intégrée des leviers et des outils du développement.
Dans ce cadre, le syndicat dit constater avec surprise l’absence de toute vision claire concernant le secteur de la presse et des médias au sein des différentes composantes du projet, alors que ce secteur n’est plus, dans les expériences contemporaines, considéré comme un simple domaine professionnel ou un outil de communication, mais fait désormais partie intégrante de l’environnement institutionnel sur lequel repose tout développement réussi.
Le SNJT rappelle que le développement ne se limite pas à des projets, des investissements et des indicateurs de croissance, mais repose aussi sur un système fondé sur la transparence, la circulation de l’information, la reddition des comptes et la participation citoyenne au suivi des affaires publiques — autant de fonctions inconcevables sans des médias professionnels, libres et indépendants, capables de transmettre l’information, d’ouvrir le débat public et d’accompagner les politiques publiques par la critique, l’évaluation et l’explication.
Le syndicat souligne que l’expérience de nombreux pays a démontré qu’un secteur médiatique fort et indépendant ne constitue pas un fardeau pour l’État, mais bien un facteur de réussite des politiques publiques, en contribuant à renforcer la confiance, limiter la propagation des rumeurs, détecter les dysfonctionnements avant qu’ils ne s’aggravent, et mettre l’information à la disposition des citoyens — ce qui favorise une meilleure mise en œuvre des programmes publics et une évaluation plus fine de leurs résultats.
Il ajoute que le secteur des médias est lui-même devenu un secteur économique prometteur, lié à l’économie numérique et aux industries culturelles et créatives, générateur d’opportunités d’investissement, d’emploi et de production de contenus — ce qui rend difficilement justifiable son absence d’un document de l’ampleur d’un plan de développement, en particulier au regard des mutations numériques rapides que connaît le monde.
Des propositions concrètes
Le SNJT appelle les membres de l’Assemblée des représentants du peuple à remédier à cette lacune en intégrant une vision claire pour le développement du secteur de la presse et des médias dans le projet de plan, en cohérence avec les exigences d’un État moderne et les standards de bonne gouvernance.
Le syndicat propose que cette vision s’articule autour de plusieurs axes essentiels, notamment : la reconnaissance des médias comme secteur productif et composante de l’économie culturelle et numérique, justifiant son inscription dans les politiques publiques de développement et d’investissement ; l’adoption de politiques garantissant la pérennité des entreprises de presse, soutenant leur transition numérique et renforçant leur compétitivité et l’innovation dans le secteur ; le développement du cadre législatif et institutionnel afin de garantir l’indépendance des médias, le pluralisme et la liberté de la presse, considérés comme des garanties essentielles à la réussite de toute réforme développementale.
Le SNJT insiste également sur le renforcement du droit d’accès à l’information et aux données publiques, afin de faciliter le suivi de la mise en œuvre des projets et politiques publiques et de renforcer la transparence et la reddition des comptes ; l’adoption d’une politique nationale d’éducation aux médias et à l’information et de lutte contre la désinformation, à intégrer dans le système éducatif et les programmes de formation et de sensibilisation, afin de renforcer l’esprit critique et la capacité des citoyens, notamment des jeunes, à vérifier l’information et à faire un usage responsable du contenu numérique.
Le syndicat propose par ailleurs de faire des médias un partenaire du suivi de la mise en œuvre du plan de développement, en leur donnant accès aux données relatives aux projets publics et en mettant en place des mécanismes périodiques d’information de l’opinion publique sur les taux de réalisation et les indicateurs de performance, ainsi que la mise en place d’un programme national de modernisation du secteur médiatique public et de développement de ses services.
Une demande présentée comme d’intérêt général
Le SNJT tient à préciser que cet appel à intégrer les médias dans le plan de développement ne relève pas d’une revendication corporatiste ni de la défense d’intérêts professionnels étroits, mais participe pleinement des fondements mêmes du développement. Toute expérience de développement réussie, souligne le syndicat, nécessite des institutions solides, une administration transparente, un citoyen informé et une opinion publique capable de suivre et d’évaluer les politiques publiques — des fonctions que seul un système médiatique indépendant et professionnel peut assurer, tout en renforçant la culture médiatique, en luttant contre la désinformation et en protégeant le droit à l’information.
Le SNJT invite enfin les membres de l’Assemblée des représentants du peuple à saisir l’occasion des débats sur le projet de plan de développement pour l’enrichir dans ce sens, afin de façonner une vision nationale faisant de la presse et des médias un vecteur de développement, un partenaire dans l’ancrage de la bonne gouvernance et le renforcement de la confiance entre l’État et la société, au service de l’intérêt national et en phase avec les meilleures pratiques internationales.