Tebourba : une enquête judiciaire ouverte après le rejet d’eaux usées dans un canal de drainage

01-07-2026

Le parquet près le tribunal de première instance de Manouba a ordonné, mardi, l’ouverture d’une enquête judiciaire pour rejet d’eaux usées non traitées dans un canal de drainage naturel et atteinte au domaine public hydraulique.

Selon une source sécuritaire citée par l’agence TAP, l’enquête concerne le représentant de l’Office national de l’assainissement (ONAS) à Tebourba, ainsi que celui de la société chargée, dans le cadre d’un contrat de concession, de l’exploitation de la station de pompage.

La procédure a été déclenchée par la brigade de la garde municipale de Tebourba, à la suite d’une inspection menée par une commission régionale réunissant la délégation, l’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE), la garde municipale, le commissariat régional au développement agricole (CRDA) et la direction régionale de l’Instance nationale de la sécurité sanitaire des produits alimentaires.

Des eaux sombres et nauséabondes près des terres agricoles

Les constatations ont mis en évidence l’écoulement, dans un canal de drainage bordant la route reliant Tebourba à Djedeida, d’eaux de couleur sombre et dégageant de fortes odeurs, à proximité de terres agricoles et de vergers. Les premières observations indiquent qu’il s’agirait d’eaux usées issues du réseau public d’assainissement.

Parallèlement, l’ANPE a dressé des procès-verbaux environnementaux à l’encontre des deux parties concernées, pour rejet d’eaux usées non traitées dans le milieu naturel, en violation de la réglementation en vigueur. Les dysfonctionnements constatés seraient liés, d’une part, à un engorgement du réseau public d’assainissement et, d’autre part, à un mauvais fonctionnement partiel de la station de pompage.

Cette procédure survient alors que des eaux polluées s’écoulent depuis plus d’un mois dans le canal de drainage du quartier Souayah, à Tebourba, sur plus de deux kilomètres — une situation à l’origine de mauvaises odeurs et d’une prolifération de moustiques, dénoncée par les riverains.

Pompages sur l’oued Medjerda suspendus

Réunie mardi sous la présidence du délégué de Tebourba, la commission régionale a également constaté la présence de pompes installées par une vingtaine d’agriculteurs sur les berges de l’oued Medjerda. Ces derniers ont été sommés de suspendre provisoirement leurs opérations de pompage, et des prélèvements seront réalisés sur certaines productions agricoles afin d’en vérifier la conformité sanitaire.

Plusieurs agriculteurs ont, de leur côté, dénoncé une dégradation des terres et un recul des cultures de poiriers, qu’ils attribuent à la salinisation des sols causée par des épisodes de pollution répétés.

La commission régionale a recommandé d’accélérer les travaux de remise en état, de curer le canal de drainage et d’évacuer les déblais accumulés le long de la route.

Des travaux de réhabilitation annoncés pour quatre millions de dinars

Le directeur de la branche régionale de l’ONAS à La Manouba, Monir Trabelsi, a attribué cette pollution à la vétusté de la conduite reliant la station de pompage à la station d’épuration, à l’effondrement d’une partie du réseau et à l’obstruction de plusieurs regards. Il a précisé que des travaux de réparation sont en cours et annoncé la réhabilitation, cette année, du réseau d’assainissement de Tebourba, pour un coût de quatre millions de dinars, ainsi que le renforcement de la station de pompage.

L’ANPE a pour sa part relevé que cette station ne fonctionne actuellement qu’avec une seule pompe sur les quatre prévues, rappelant avoir déjà dressé, en septembre 2025, un procès-verbal contre la société exploitante pour des faits similaires.

Les équipes de l’ONAS ont entamé les travaux de réparation ainsi que le pompage des eaux stagnantes, des opérations qui devraient se poursuivre sur l’ensemble du canal de drainage.