Moody’s : « Un éventuel déclassement de la note souveraine de la Tunisie impacterait la notation de 5 banques de la place »

22-01-2020

TAP – L’agence de notation Moody’s a donné, dans un rapport, publié le 9 décembre 2019, sur les perspectives des banques africaines en 2020, une vue d’ensemble de 5 banques tunisiennes : Amen Bank, Arab Tunisian Bank (ATB), la Banque de Tunisie (BT), la Banque internationale arabe de Tunisie (BIAT) et la Société Tunisienne des Banques (STB).

Ces 5 principales banques de la place tunisienne, seront confrontées à de grands défis. La révision de leurs notes demeure « conditionnée par une éventuelle stabilisation de la perspective négative actuellement assignée à la notation du gouvernement tunisien », selon Moody’s.

Dans ses réponses à des questions adressées (par mail) par l’agence TAP, l’analyste au sein de l’agence de notation américaine, Badis Shubailat, revient sur l’évaluation faite, dans ce rapport, du contexte dans lequel évoluent les banques tunisiennes notées, leurs perspectives et les conditions d’une éventuelle révision de leur notation.

Interrogé sur l’évaluation générale de la situation des cinq banques tunisiennes notées, l’analyste de Moody’s répond que « notre vue d’ensemble des cinq banques tunisiennes notées est d’abord calibrée par l’environnement opérationnel dans lequel elles évoluent. Ce dernier continue d’être affecté par un contexte macro-économique en berne. En effet, la croissance économique, étant en deçà des niveaux pre-2011, reste largement insuffisante pour pouvoir résorber un taux de chômage important, particulièrement chez les jeunes, alors que l’endettement du pays se situe à un niveau élevé. D’autre part, le déficit courant restant large, le risque latent d’une dépréciation du Dinar en cas de choc externe maintient une tension inflationniste, ce qui explique que l’inflation reste à un niveau élevé, même si la politique restrictive adoptée par la banque centrale aide à en supprimer la progression ».

Par ailleurs, après une période électorale chargée en 2019, la situation politique reste incertaine en 2020, avec un paysage parlementaire fragmenté qui rend difficile la mise en place d’un gouvernement et donc la mise en œuvre de réformes structurelles.

Ces dynamiques pèsent nécessairement, sur les profils crédit des banques tunisiennes, principalement, à travers la qualité des actifs qui reste faible et une profitabilité sous pression, étant donné que la croissance du crédit décélère et que les efforts de provisionnement restent soutenus.

D’autre part, la capacité d’absorption de pertes des banques est limitée au vu des bas niveaux de capitalisation et de couverture des créances douteuses, alors que la liquidité continue d’être serrée malgré la baisse du volume globale de refinancement auprès de la Banque Centrale de Tunisie (BCT).

Les récentes mesures prises par l’institut d’émission (plafonnement du ratio de transformation et durcissement de l’accès au refinancement BCT) et sa politique monétaire restrictive indiquent une volonté de réduire la dépendance des banques au refinancement, cependant ceci ne neutralisera pas le risque de refinancement tant qu’une croissance soutenue des dépôts n’est pas réalisée.

Enfin, les déséquilibres économiques persistants reflétés dans l’actuelle perspective négative de la notation du gouvernement tunisien indique aussi un affaiblissement de la capacité de l’Etat à soutenir les banques en cas de besoin ».

(…) N’ayant pas d’opérations significatives à l’étranger dans des environnements plus bénins que celui de la Tunisie, les banques souffrent d’un manque de diversification géographique qui rend leurs performances principalement, tributaires de la santé de l’économie du pays. Etant donné que l’environnement opérationnel reste des plus difficiles, la situation économique actuelle agit de ce fait comme un handicap systémique pour l’entièreté du secteur bancaire tunisien et ce contexte n’offre donc que peu d’opportunités de différenciation parmi les acteurs de la place.

Sur la possibilité de réviser à la hausse, la notation actuelle des banques tunisiennes de « négative » à « stable » et sous quelles conditions, l’analyste de Moody’s estime que le changement de perspective de négatif à stable sur la notation des cinq banques tunisiennes est conditionné par une éventuelle stabilisation de la perspective négative actuellement assignée à la notation du gouvernement tunisien.

A cet effet, une réduction soutenue des déficits jumeaux de l’économie tunisienne (déficit public et de la balance courante) accompagnée d’une augmentation graduelle des réserves de change soutiendrait une potentielle stabilisation de la perspective sur la note souveraine. Cela permettrait à la Tunisie d’être mieux armée dans une période ou le financement externe devient plus difficile en conjonction avec un prix du baril du pétrole variant entre $50 à $70.

Lire l’article dans son intégralité sur le site de la TAP

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