SNJT : « Les discours de haine et le racisme ne sont pas une opinion »
Face à la montée des discours haineux dans les médias et sur les réseaux sociaux autour de la question migratoire, le Syndicat national des journalistes tunisiens tire la sonnette d’alarme et appelle à un retour aux fondamentaux de l’éthique professionnelle.
Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a publié un communiqué dans lequel il exprime sa vive préoccupation face à la recrudescence des discours de haine dans le traitement médiatique de la question de l’immigration irrégulière, ciblant en particulier les migrants subsahariens.
Des campagnes de harcèlement ciblant des médias indépendants
Le SNJT dit avoir constaté une vague croissante d’incitation et de harcèlement systématique sur les réseaux sociaux, visant plusieurs médias dont Nawaat, Roots TV, Rachma et La Revue de presse juridique. Ces campagnes ont ciblé les journalistes et personnels de ces rédactions par des flots d’insultes et d’accusations de trahison, en lien avec leur couverture de la marche nationale contre le racisme et des dossiers liés à l’immigration irrégulière. Le syndicat indique avoir mandaté son unité de veille pour documenter ces actes et préparer les recours juridiques et syndicaux nécessaires à la protection des journalistes et des médias concernés.
Dérive du traitement médiatique
Au-delà des attaques contre les rédactions, le SNJT déplore un glissement inquiétant d’une partie du discours médiatique vers l’incitation, la discrimination et la généralisation, au détriment d’un traitement rigoureux et équilibré. Il pointe la multiplication des contenus sensationnalistes, le recours à des intervenants non spécialisés, l’adoption d’un discours univoque et la reprise sans vérification de contenus issus des réseaux sociaux. Ce phénomène intervient, souligne le syndicat, dans un contexte marqué par la prolifération des fausses informations et la difficulté d’accès aux sources officielles.
Responsabilité politique mise en cause
Le SNJT adresse également une mise en garde aux acteurs politiques, y compris certains députés, qu’il accuse de tenir des discours enflammés à tonalité raciste et discriminatoire, au lieu de s’atteler à des réponses législatives et exécutives sérieuses. Il estime que cette instrumentalisation du dossier migratoire à des fins de calculs électoraux étroits a contribué à alimenter un climat de haine et à compliquer toute approche apaisée et durable du phénomène.
Un rappel aux fondamentaux de la profession
Dans ce contexte, le SNJT appelle solennellement les journalistes à résister à l’influence des discours populistes, à respecter la dignité humaine de tout individu, à distinguer rigoureusement les concepts liés à l’immigration, à diversifier leurs sources en intégrant experts et organisations de la société civile, et à approfondir le travail d’enquête de terrain. Il rappelle que le journaliste reste tenu par l’éthique professionnelle y compris dans ses espaces personnels sur les réseaux sociaux.
Le syndicat renouvelle par ailleurs son appel aux autorités publiques à garantir le droit d’accès à l’information, condition sine qua non d’un journalisme responsable, et réaffirme, en conclusion, que le rejet de toute forme de discrimination et de haine demeure un principe fondamental et non négociable de l’exercice du métier.