Tunisie : Le gouvernement accélère sa stratégie pour relancer les filières agricoles
La cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a présidé ce mercredi au palais de la Kasbah une réunion du conseil ministériel restreint consacrée à l’état d’avancement des programmes issus de la stratégie nationale de développement des filières agricoles.
L’agriculture, pilier de la souveraineté nationale
D’entrée de jeu, la cheffe du gouvernement a réaffirmé que l’agriculture constitue un élément fondamental de la sécurité nationale tunisienne. Elle a insisté sur la nécessité de renforcer la sécurité alimentaire en développant l’ensemble des filières agricoles, les systèmes de production végétale et animale, et en reconstituant le cheptel national bovin et ovin. Elle a également appelé à améliorer les capacités de stockage afin de limiter l’impact des fluctuations des marchés mondiaux et des perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Sur le plan hydrique, elle a mis en avant l’impératif d’adopter des technologies d’agriculture intelligente et économe en eau pour garantir la souveraineté hydrique du pays. Elle a rappelé, à cet égard, que le secteur agricole représente environ 10 % du PIB national, 13 % de la valeur des exportations, 14 % des emplois totaux, et constitue la principale source de revenus pour 70 % de la population rurale.
Bilan 2021-2025 et cap sur 2030
Le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzeddine Ben Cheikh, a présenté un état des lieux exhaustif du secteur pour la période 2021-2025, passant en revue les acquis enregistrés, les difficultés rencontrées et les principaux défis à relever. Il a ensuite exposé la vision stratégique de l’agriculture tunisienne pour la période 2026-2030, articulée autour d’une agriculture inclusive, solidaire et garante de la sécurité alimentaire et hydrique. Cette vision repose sur la valorisation durable des ressources naturelles, des réformes structurelles visant à améliorer la production et la compétitivité, et une meilleure prise en charge des conditions de vie en milieu rural.
Céréales : vers l’autosuffisance
S’agissant de la filière céréalière, les orientations stratégiques visent à réduire les effets des aléas climatiques, à améliorer les rendements — notamment pour le blé dur — et à moderniser les systèmes de production par un assolement adapté, le développement de l’irrigation, la numérisation du secteur et le renforcement des capacités de stockage. La cheffe du gouvernement a plaidé pour une réforme structurelle d’envergure du secteur, avec un accent particulier sur l’autosuffisance en semences tunisiennes, afin de s’affranchir de la dépendance aux semences importées à usage unique.
Huile d’olive : valoriser et conquérir de nouveaux marchés
Concernant l’huile d’olive, le ministre a présenté les grandes orientations de la filière : rajeunissement des oliveraies dans les régions du Sahel, du Centre et du Sud, organisation professionnelle de la chaîne de production, soutien au stockage, et promotion à l’export. La cheffe du gouvernement a appelé à mieux accompagner les petits agriculteurs dans toutes les phases — récolte, collecte, trituration, stockage — à simplifier l’accès au financement bancaire, et à orienter davantage les exportations vers le conditionnement à haute valeur ajoutée, tout en ciblant de nouveaux marchés porteurs à l’international.
Fourrages, élevage et lait : reconstituer le cheptel
Pour les filières fourragères, le conseil a examiné les orientations 2026-2030 : amélioration de la qualité des fourrages, valorisation des ressources en eaux non conventionnelles, réhabilitation des parcours, et lutte contre les pratiques monopolistiques sur le marché. La cheffe du gouvernement a appelé l’Office national des fourrages à jouer pleinement son rôle de régulateur.
Quant à l’élevage et aux produits laitiers, les orientations stratégiques ciblent la reconstitution du cheptel national, l’amélioration de la productivité, le développement de races résistantes à la chaleur et à la sécheresse, et le soutien aux petits éleveurs.
Recommandations du conseil
À l’issue des travaux, le conseil ministériel a émis plusieurs recommandations, parmi lesquelles : accélérer la mise en œuvre des programmes de reconstitution du cheptel ovin et bovin, encourager la diversification de la production et le développement de l’industrie agroalimentaire, accélérer la restructuration des fermes de l’Office des terres domaniales et de l’Office de l’élevage et des pâturages, soutenir les petits agriculteurs, et moderniser les circuits de distribution et les abattoirs.
La cheffe du gouvernement a conclu en appelant à une approche globale et intégrée, combinant soutien aux producteurs, modernisation des chaînes de valeur et amélioration de la gouvernance, pour bâtir une agriculture tunisienne plus résiliente, plus indépendante et mieux armée face aux défis régionaux et internationaux.