Tunisie : Qui des frères-ennemis fera l’équilibre politique ?

08-01-2019

La fièvre monte au sein des partis politiques, et leurs leaders affûtent leurs armes dans la perspective des échéances électorales à venir. Les sujets qui taraudent les esprits tiennent au retard pris par l’installation des instances constitutionnelles. L’Assemblée n’a pas encore pourvu la vacance à la tête de l’ISIE, ni parachevé l’élection des membres de la Cour Constitutionnelle, une juridiction décisive dans l’édifice démocratique, dont le rôle continue à être assuré, en grande partie, par l’instance provisoire de contrôle de la constitutionnalité des projets de loi.

Une autre préoccupation habite les partis de la mouvance dite démocratique progressiste, moderniste, est d’éviter l’effritement et de se rassembler en vue d’instaurer l’équilibre politique, et de s’entourer de chances réelles pour pouvoir dégager une majorité nette à l’issue des prochains scrutins. Le processus d’unification commence dans la division, voire dans la rivalité entre Nidaa Tounes et le projet politique en devenir de Youssef Chahed.

Nidaa dont le leadership s’est réuni hier dimanche et a annoncé la tenue des assises du parti le premier week-end de mars prochain, se dit investi de cette mission de rééquilibrage. Le président de son comité politique, et fils du président, Hafedh Caïd Essebsi, cité par Assabah, estime qu’"il n’y pas lieu de trois projets sur la scène politique, mais deux seulement soit l’Islam politique du mouvement Ennahdha, et Nidaa Tounes, qui incarne celui du mouvement national moderne".

Un discours jugé totalement dépassé par les anciens nidaistes ralliés au chef du gouvernement. La députée Zohra Driss a déclaré le 07 décembre dernier, à l’issue d’une première réunion à Sousse au sujet du nouveau projet politique, qu’"une unanimité s’est dégagée, selon laquelle, il n’y a aucun espoir pour que Nidaa Tounes puisse continuer à la prochaine étape". La nouvelle dynamique d’unification voulue par Chahed serait, dans cet esprit, la mieux à même de mobiliser et donc de rééquilibrer un paysage politique bancal.
Quoiqu’en dise tel camp, ou tel autre, rien n’est acquis d’avance, et les contours de la nouvelle force politique qui constituera, pour les électeurs, l’alternative à Ennahdha, ne sont pas encore clairs.

Plusieurs éléments devraient être pris en ligne de compte dont la capacité des deux têtes de l’exécutif à mobiliser et à convaincre.

La réussite du président de la république sera jaugée à travers la réussite du prochain congrès du mouvement qu'il a fondé. Son annonce hier pour début Mars, est une manière de lancer un défi au chef du gouvernement, qui a mis en doute lors de son intervention télévisée du 21 décembre dernier la tenue de ces assises, en les ridiculisant : "c’est le conte d’Oumi Sissi", a-t-il lancé. Le préalable à la tenue de ce premier congrès électif, est de préserver la cohésion, et d’éviter de nouvelles crises et de nouvelles scissions, même si la colère hier de HCE laisse perplexe. D’ici Mars prochain, Nidaa aura à se conformer aux instructions et à ligne tracée par Béji Caïd Essebsi. Le président de la république a plusieurs flèches à son arc, et a encore toute latitude de surprendre et de renverser la vapeur. Il a déjà donné le ton lors de la réunion vendredi 28 décembre, où il n’a aucunement ménagé ceux qu’il a considérés comme des adversaires politiques, Youssef Chahed et ses alliés, les tenant pour responsables de la dégradation de la situation et de l’échec.

De l’autre côté, le nouveau projet politique reste en grande partie tributaire du chef du gouvernement, et de sa capacité à préserver sa popularité et sa crédibilité auprès de l’opinion publique, notamment en évitant les deux poids, deux mesures, en matière de lutte contre la corruption. D’ailleurs, la naissance du nouveau parti, que l’on attendait pour le mois de décembre, ne semble pas être une mince affaire, et la date de son officialisation n’est pas encore arrêtée. Ses instigateurs semblent attendre le moment propice pour le dévoiler, une fois les remous du mois de janvier seraient passés, que les désaccords entre le gouvernement et l’organisation syndicale seraient aplanis, et que le climat général se serait apaisé.

On attend de voir lequel des partis des frères ennemis de BCE/ HCE ou de YC dépasse l’autre, ou peut-être qu’ils finiront par se résoudre à enterrer la hache de guerre et à se rallier, au fur et à mesure que les rendez-vous électoraux approchent, en choisissant de participer aux législatives sur des listes communes, et d’avoir un seul candidat à la présidentielle.

L’impossible ne relève pas de la politique, tout peut arriver, l’essentiel est que les élections aient lieu à la date impartie, sans quoi la démocratie naissante risque de vaciller.