Délestages : le syndicat de la STEG pointe des « choix politiques » derrière la crise énergétique
Le secrétaire général de la Fédération générale de l’électricité et du gaz, relevant de l’UGTT, Fathi Msalmi, a estimé que les enquêtes visant des responsables de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG), ouvertes à la suite des délestages, ne devraient pas occulter les véritables causes de la crise énergétique. S’exprimant sur les ondes de la radio Jawhara FM, il a affirmé que les coupures d’électricité résultent avant tout d’un déficit de production et de choix politiques ayant retardé plusieurs projets stratégiques.
« Nous sommes favorables à ce que toutes les responsabilités soient déterminées »
Réagissant à l’ouverture d’investigations contre des cadres de la STEG, Fathi Msalmi a indiqué que son organisation n’avait aucune objection à ce que les responsabilités soient établies, à condition qu’elles ne se limitent pas aux seuls responsables de l’entreprise. Il a souligné que les équipes de la STEG étaient parvenues à préserver l’intégrité du réseau national et à éviter un effondrement généralisé du système électrique.
Selon lui, la cause première des délestages réside dans l’écart entre la production disponible et une demande exceptionnellement élevée, alimentée par la vague de chaleur et le recours massif à la climatisation. Il a précisé qu’un retour des températures à des niveaux plus proches des normales saisonnières permettrait de réduire, voire d’arrêter les coupures — tout en soulignant qu’il ne s’agirait là que d’une solution conjoncturelle, les épisodes de forte chaleur étant appelés, selon lui, à se multiplier dans les années à venir, ce qui impose une planification énergétique à long terme.
Des avertissements restés sans suite, selon le syndicat
Le responsable syndical a rappelé que sa fédération avait, à plusieurs reprises, alerté sur le risque d’un déficit de production, précisant que ces mises en garde avaient également été relayées par la direction générale de la STEG elle-même, dans plusieurs notes adressées au conseil d’administration.
L’UGTT rejette les accusations d’avoir freiné le privé
Répondant aux critiques lui reprochant d’avoir freiné l’ouverture du secteur électrique au privé, Fathi Msalmi a fermement rejeté ces accusations, assurant que le syndicat n’avait jamais été opposé au développement des énergies renouvelables, mais s’était opposé à des textes jugés défavorables à la STEG. Il a évoqué à ce titre un appel d’offres public lancé en 2018, portant sur une capacité de 400 à 500 mégawatts, toujours non concrétisé malgré le soutien de la fédération. Interrogé sur les raisons de ce blocage, il a évoqué un « choix politique », précisant que le projet, pourtant financé, avait été suspendu par le ministère chargé de l’Investissement.
Il a également cité le projet de Skhira, censé être opérationnel depuis 2020 mais toujours à l’arrêt, attribuant ce blocage à des choix politiques impliquant plusieurs structures de décision, plutôt qu’à de simples contraintes techniques ou financières.
Un déficit financier surmontable, selon le syndicaliste
Interrogé sur la situation financière difficile de la STEG et son endettement important, Fathi Msalmi a estimé que la question ne se réduisait pas à un simple problème financier, des solutions pouvant être mobilisées auprès de partenaires et bailleurs internationaux, à condition de disposer d’une stratégie claire. Il a cité, à titre d’exemple, un financement récemment obtenu, proche d’un milliard de dinars, destiné principalement au renforcement du réseau, dont une partie aurait pu, selon lui, être orientée vers la construction de nouvelles unités de production.
Il a enfin défendu les compétences internes de l’entreprise, rappelant que de nombreux ingénieurs et techniciens tunisiens travaillent aujourd’hui sur des projets énergétiques à l’étranger, notamment en Afrique, appelant les autorités à donner davantage de moyens et à faire preuve de volonté politique pour permettre à la STEG de moderniser ses équipements et développer de nouvelles capacités de production, afin d’éviter que de tels épisodes de délestage ne se reproduisent à l’avenir.