Plus de 4 400 hectares de forêt ravagés en Tunisie, une hausse de 63% par rapport à 2025

24-07-2026

Plus de 4 000 hectares de forêts ont été ravagés par les incendies en Tunisie depuis le début de la saison, un bilan qui demeure provisoire, certaines superficies touchées, notamment au Kef, n’ayant pas encore été comptabilisées.

Le directeur général des Forêts au ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Mohamed Naoufel Ben Haha, est revenu, ce vendredi 24 juillet 2026, sur la situation dans une déclaration diffusée au journal de 8 heures de Mosaïque FM. Il a indiqué que les superficies recensées jusqu’à présent atteignent environ 4 400 hectares à travers les différentes zones forestières du pays, sans prendre en compte les secteurs où la situation reste évolutive, en particulier au Kef.

Trois foyers majeurs concentrent l’essentiel des dégâts

Selon le responsable, trois à quatre incendies se distinguent par leur ampleur : à Jebel Chahma, dans le gouvernorat de Zaghouan, environ 905 hectares ont été touchés ; à Cap Negro, dans le gouvernorat de Béja, quelque 300 hectares ont été ravagés, une superficie comparable ayant été affectée à Ghar El Melh, dans le gouvernorat de Bizerte.

À Cap Negro comme à Ghar El Melh, les incendies sont désormais en phase de refroidissement. Concernant ce dernier site, le responsable a précisé que les équipes restaient mobilisées sur place, poursuivant les opérations de refroidissement 24 heures sur 24 — contredisant ainsi certaines informations circulant sur les réseaux sociaux évoquant un incendie toujours actif.

La situation demeure en revanche préoccupante au Kef, où le feu n’est pas encore maîtrisé, les fortes chaleurs et les vents compliquant les opérations et favorisant la propagation des flammes. Les agents forestiers restent mobilisés en coordination avec la Protection civile et les différents services de l’État, avec l’appui du ministère de la Défense, afin de tenter de circonscrire l’incendie.

Une pression exceptionnelle sur les services de secours

Cette mobilisation intervient après plusieurs jours particulièrement éprouvants : mardi 21 juillet, la Protection civile faisait état de près de 600 incendies traités en seulement 48 heures à travers le pays, soit en moyenne un départ de feu toutes les cinq minutes, pour environ 1 800 interventions toutes catégories confondues sur la même période.

La pression s’est révélée particulièrement forte dans le nord-ouest : depuis le début de la vague de chaleur, le 11 juillet, près de 80 feux de forêt avaient été recensés, dont 74 maîtrisés, tandis que les interventions se poursuivaient sur neuf incendies dans les gouvernorats de Bizerte, Béja, Jendouba et du Kef, mobilisant plus de 200 agents et une cinquantaine de véhicules de la Protection civile.

Une hausse de 63% par rapport à 2025

Dans une interview accordée jeudi à l’agence TAP, Mohamed Naoufel Ben Haha avait fourni des données complémentaires sur l’ampleur des dégâts enregistrés cette année : entre le 1er mai et le 23 juillet 2026, environ 4 400 hectares de superficies forestières ont été ravagés, contre 2 705 hectares sur la même période en 2025 — soit une hausse de près de 63%.

Selon les chiffres transmis à la TAP, 75 incendies ont été recensés dans les forêts et 108 dans les maquis, la Direction générale des forêts ayant participé à 917 opérations d’extinction dans les forêts, les zones de grandes cultures et les décharges, contre 620 interventions sur la même période l’an dernier. Les incendies ont notamment touché des forêts de chênes-lièges et de pins d’Alep, revêtant une importance à la fois environnementale et socioéconomique pour les populations locales.

Interrogé sur l’origine des feux, le directeur général des forêts a indiqué que les causes étaient principalement humaines, actes délibérés ou négligences, les conditions climatiques extrêmes constituant un facteur aggravant favorisant le déclenchement et la propagation des incendies.

Des moyens jugés insuffisants

Mohamed Naoufel Ben Haha a également alerté sur les moyens humains et matériels dont dispose la Direction générale des forêts, qui compte environ 4 000 agents et 260 cadres pour assurer la surveillance de quelque 5,3 millions d’hectares de forêts et de parcours. Il a pointé le vieillissement du parc de camions d’extinction, fort de 140 véhicules, ainsi que le nombre limité d’engins lourds.

Dans le cadre de sa stratégie pour la période 2026-2036, la Direction générale des forêts prévoit de moderniser son dispositif de surveillance, notamment via des plateformes numériques et des outils reposant sur l’intelligence artificielle, ainsi que le renouvellement de son parc de véhicules et l’acquisition programmée de Canadair.

Une fois les incendies éteints, la restauration des espaces touchés s’annonce comme un chantier de longue haleine : certaines forêts de pins d’Alep pourront bénéficier d’une régénération naturelle, tandis que d’autres nécessiteront un reboisement. Selon le directeur général des forêts, le rétablissement complet de l’équilibre d’un écosystème forestier après un incendie peut nécessiter entre trente et quatre-vingts ans.