Tunisie : la monnaie en circulation franchit un nouveau record à 29 milliards de dinars

25-05-2026

Une progression de 22% en un an qui ravive les inquiétudes sur l’économie informelle

La Banque centrale de Tunisie (BCT) a publié ce lundi des chiffres révélant un niveau historique de billets et pièces en circulation : 29,050 milliards de dinars au 22 mai 2026, contre 23,793 milliards à la même date en 2025, soit une hausse de 5,257 milliards de dinars en l’espace d’un an, représentant une progression de 22,09%.

Ce nouveau sommet dépasse le précédent record enregistré le 19 mars 2026, à la veille de l’Aïd Esseghir, où la masse fiduciaire avait atteint 28,574 milliards de dinars. La série de pics observée depuis le début du Ramadan s’ajoute aux hausses saisonnières traditionnellement constatées lors des vacances d’été, de la rentrée scolaire et des fêtes religieuses, mais aussi aux tensions de liquidités provoquées par les intempéries et inondations du début d’année.

Cette dynamique préoccupe les économistes, la progression du cash étant généralement associée au développement de l’économie informelle et à l’évasion fiscale — un phénomène que la suppression, depuis octobre 2024, de l’obligation de justifier l’origine des sommes importantes en espèces n’a fait qu’accentuer.

Le chèque en chute libre

Ce boom des espèces s’inscrit dans un recul marqué du chèque comme instrument de paiement. Selon le bulletin annuel de la BCT sur les paiements en Tunisie pour 2025, le chèque ne représente plus que 24,5% des montants et 13,5% du nombre des transactions télécompensées. En volume, le nombre de chèques télécompensés a chuté de 67,5% sur l’année, passant de 24,5 millions fin 2024 à 7,9 millions fin 2025, tandis que les montants correspondants ont reculé de 58,8%, à 53,48 milliards de dinars contre 129,67 milliards l’année précédente. Les virements et les lettres de change s’imposent désormais comme les instruments dominants des paiements dématérialisés.

À l’approche de l’Aïd El Kebir, période traditionnellement marquée par une forte demande de liquidités, la circulation fiduciaire devrait se maintenir à des niveaux élevés.