De Gênes à Tunis : L’éternelle passion du « Professore » Scoglio, parti depuis 21 ans
C’était une époque où le football se vivait encore avec les tripes, pétri de sarcasme, d’intelligence brute et d’une spontanéité aujourd’hui presque effacée. Une ère où les tacles appuyés faisaient partie du décor, au même titre que les dribbles chaloupés et les artistes portant le numéro dix sur le dos. Le temps où chaque geste respirait la vérité, bien avant l’ère aseptisée des marionnettes médiatiques, des petits soldats disciplinés et des joueurs façonnés en série par les laboratoires tactiques modernes.
C’était surtout le temps où le « Professeur » régnait sur les bancs, appliquant une vision sans concession où la rigueur tactique primait sur tout le reste, affirmant sans détour sa philosophie pragmatique : « Je ne fais pas de poésie. Je verticalise. » Sur le pré, son exigence était totale et son regard clinique balayait chaque recoin, résumant son emprise par cette formule définitive : « Sur un terrain, je regarde à 300 degrés, les 60 autres, je les garde pour moi. » Face aux critiques, le technicien sicilien ne reculait jamais, quitte à afficher ses inimitiés avec panache : « Je déteste la Sampdoria et je ne rate pas une occasion de le répéter. «
L’empreinte indélébile avec la Tunisie
S’il a voué sa vie entière au Genoa — club qu’il considérait comme une entité à part, l’entraîneur italien a su exporter sa fureur de vaincre et son tempérament de l’autre côté de la Méditerranée.
Entre 1998 et 2001, à la tête de la sélection nationale de Tunisie, Francesco Scoglio a insufflé aux Aigles de Carthage sa rigueur militaire et son franc-parler légendaire.
Ce mélange de discipline de fer et de psychologie fonctionnait à l’image de ses méthodes de management aussi surprenantes qu’efficaces pour maintenir ses troupes concentrées : « Je savais qu’un de mes joueurs allait en boîte de nuit tard le soir, je l’ai suivi et quand il est entré dans le club, essuyant son pare-brise, j’ai glissé un mot sous son essuie-glace : « Attention, ton entraîneur le sait ! »… Il n’y a plus jamais mis les pieds. »
Sous sa houlette, la sélection a retrouvé une solidité redoutable et une identité conquérante, atteignant notamment le stade mémorable des demi-finales lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2000 au Nigéria.
Son passage a profondément structuré une génération dorée de joueurs tunisiens, dont certains le suivront plus tard en Italie lors de son retour sur le banc génois (Gabsi/Badra/Ouaer).
Ses méthodes inflexibles, son charisme et son amour du jeu ont forgé un respect mutuel éternel entre le technicien et le public sportif tunisien, tissant un pont entre ses amours génoises et sa parenthèse tunisienne.
Le goût de la bataille et l’ultime prophétie
Pour Scoglio, le sport était un combat permanent où la défaite devenait un carburant émotionnel d’une intensité rare, un défi qu’il adorait relever : « Quel kiff quand je perds. La défaite m’exalta et me fait savourer des stimulants insostituibles. »
Il y a vingt-et-un ans, Francesco Scoglio s’en allait, fidèle à son destin et à sa prophétie tragique, en direct sur un plateau de télévision, en train de défendre bec et ongles son club de cœur, bouclant la boucle de son existence en prononçant ces derniers : « Je mourrai en parlant du Genoa. »