Inflation en recul, mais le citoyen ne le ressent pas encore

16-04-2026

L’inflation en Tunisie poursuit son ralentissement. L’indice général des prix à la consommation s’est stabilisé autour de 5 % en mars 2026, contre 7 % à la même période l’année précédente. Une amélioration statistique réelle, mais qui peine à se traduire dans le quotidien des ménages.

Les produits alimentaires continuent de peser lourd

Le panier de consommation reste sous pression. Les prix des denrées alimentaires ont progressé de 7,8 % en mars, contre 7 % en février, tandis que la restauration, les cafés et l’hôtellerie affichent des hausses atteignant 11,7 %, se maintenant parmi les postes les plus inflationnistes. La stabilité observée dans d’autres catégories a certes contribué à freiner l’envolée globale des prix, sans pour autant alléger concrètement le coût de la vie.

Le paradoxe de la perception

L’expert économique Maher Belhadj apporte un éclairage sur ce décalage entre les chiffres et le ressenti. Interrogé par l’agence TAP, il explique que le consommateur ne raisonne pas en glissement mensuel ou annuel récent, mais compare les prix actuels à ceux d’il y a plusieurs années. Les hausses cumulées lors de la précédente vague inflationniste restent gravées dans les esprits, rendant tout ralentissement quasi imperceptible tant que les niveaux de prix demeurent élevés.

Il rappelle par ailleurs qu’un ralentissement de l’inflation ne signifie pas une baisse des prix, mais simplement un rythme de hausse moins soutenu — une nuance capitale pour comprendre pourquoi le pouvoir d’achat ne s’améliore pas mécaniquement. En l’absence de revalorisations salariales notables en 2025 et 2026, l’écart entre revenus et dépenses s’est creusé davantage.

Des réformes structurelles indispensables

Pour Belhadj, la maîtrise de l’inflation ne suffit pas. Il préconise une révision des salaires à un rythme supérieur à l’inflation, un allègement de la pression fiscale — qui atteint dans certains cas 40 % sur les revenus bruts annuels des salariés — et une réforme en profondeur des circuits de distribution, gangrénés par la multiplication des intermédiaires, les pratiques monopolistiques et la spéculation. Il pointe également la prédominance des paiements en espèces, qui complique le suivi des transactions et limite l’efficacité des contrôles.

La BCT maintient le cap, dans un contexte international contraignant

Sur le plan monétaire, la Banque centrale de Tunisie a maintenu son taux directeur à 7 %, cherchant à préserver l’équilibre entre la lutte contre l’inflation et le soutien à l’activité économique. Mais la marge de manœuvre reste étroite : une part importante de l’inflation est importée, liée aux fluctuations des prix de l’énergie et des denrées alimentaires sur les marchés mondiaux. L’indice FAO des prix alimentaires a atteint 127,1 points en mars 2026, en hausse de 6,9 % sur un an, porté par le blé, les produits laitiers et la viande.

Des signaux politiques et des priorités affichées

Face à ces défis, le président Kaïs Saïed a annoncé le 6 avril dernier, lors de la commémoration du 26e anniversaire du décès de l’ancien président Habib Bourguiba, une revalorisation des salaires dans les secteurs public et privé ainsi que des pensions de retraite, réaffirmant que l’amélioration des conditions de vie des citoyens constitue une priorité nationale absolue.

Le gouvernement, de son côté, poursuit une stratégie axée sur la constitution de stocks stratégiques, le renforcement des contrôles anti-spéculation et la réforme des circuits de distribution, dans l’objectif d’instaurer un équilibre durable entre croissance économique et justice sociale.

La Tunisie a franchi le cap de l’accélération inflationniste. Reste à transformer ce ralentissement en amélioration tangible du pouvoir d’achat — c’est là, selon les experts, le véritable défi de la prochaine étape.