Pouvoir d’achat en Tunisie : les augmentations salariales rattrapées par l’inflation
Les récentes revalorisations salariales, bien qu’appréciables pour des millions de Tunisiens, ne suffisent pas à enrayer la dégradation du niveau de vie. C’est le constat sans appel dressé par l’expert économique Maher Belhaj, cité par l’agence TAP, qui pointe la conjonction de plusieurs facteurs structurels venant neutraliser les effets des hausses de rémunération.
Une inflation qui s’emballe
Les chiffres de l’Institut national de la statistique (INS) sont parlants : le taux d’inflation à la consommation familiale a grimpé à 5,5 % en avril 2026, contre 5 % le mois précédent. Cette accélération est principalement portée par la flambée des prix alimentaires, qui atteignent 8,2 % en avril contre 6,8 % en mars, et par la hausse des prix des vêtements et chaussures, passés de 7,5 % à 9,3 % sur la même période.
En glissement annuel, la situation est encore plus préoccupante pour les ménages : les fruits ont vu leurs prix bondir de 19,2 %, la volaille et la viande d’agneau de 16,1 % chacune, les légumes de 13,5 %, la viande bovine de 12 % et le poisson frais de 11,9 %. Seuls les prix des huiles (-6,8 %) et des œufs (-4,4 %) affichent une tendance à la baisse.
Les salaires grignotés avant même d’être perçus
Si les dernières augmentations doivent bénéficier à quelque 3,6 millions de salariés des secteurs public et privé, Maher Belhaj relativise leur portée réelle. Entre les cotisations fiscales et les contributions sociales prélevées à la source, le salarié voit son gain nominal fondre considérablement. Pire, lorsque l’inflation progresse à un rythme supérieur à celui des salaires nets, c’est le salaire réel. Autrement dit la capacité effective de consommation qui recule malgré une fiche de paie en hausse.
L’expert pointe par ailleurs la pression fiscale croissante sur les salariés comme l’un des principaux facteurs d’épuisement de la classe moyenne. L’État, explique-t-il, dépend largement des impôts directs prélevés sur les salaires, faute de pouvoir mobiliser suffisamment de recettes fiscales auprès de l’économie parallèle et des secteurs non structurés.
Des circuits de distribution défaillants
Au-delà de la fiscalité, Maher Belhaj identifie dans les dysfonctionnements des circuits de distribution une cause majeure de la hausse des prix. La domination des intermédiaires et des spéculateurs sur le marché gonfle artificiellement les marges entre producteur et consommateur, entraînant une augmentation injustifiée du coût de nombreux produits de base.
Des réformes structurelles indispensables
Face à ce tableau, l’expert est formel : la lutte contre la crise du pouvoir d’achat ne saurait se réduire à des revalorisations salariales périodiques. Il appelle à des réformes structurelles profondes, portant notamment sur la révision des tranches de revenus imposables, l’allègement de la pression fiscale sur les salariés, la maîtrise de l’inflation, la réforme des circuits de distribution et la lutte contre les pratiques monopolistiques.
Il insiste enfin sur un point fondamental : toute augmentation de salaire déconnectée d’une amélioration de la productivité et d’une croissance économique effective risque d’alimenter à son tour l’inflation, annulant ainsi ses propres effets bénéfiques sur le niveau de vie des Tunisiens.